Fogo-Fátuo

De João Pedro Rodrigues
Portugal - 2022 - vost - 67' - Couleurs - Numérique
Synopsis

2069. Sur son lit de mort, Alfredo, roi sans couronne, est ramené à de lointains souvenirs de jeunesse et à l'époque où il rêvait de devenir pompier. La rencontre avec l'instructeur Afonso, du corps des pompiers, ouvre un nouveau chapitre dans la vie des deux jeunes hommes voués à l'amour et au désir, et à la volonté de changer le statu quo

Critique

(…) João Pedro Rodriguez nous offre, à travers sa fantaisie musicale, et comme l’annonce le générique, de parcourir les nœuds politiques actuels et à venir (racisme, écologie, lutte des classes) en 1h07, sans en rajouter, et en éclairant son projet d’une touche décalée qui fait aller le film du côté érotique pour ne pas dire pornographique… Film en boucle et retour en arrière puisqu’à la première scène viendra répondre la dernière. (…) On pense au récent film du roumain Radu Jude, Bad luck banging or loony porn, qui faisait un état des lieux de son pays en passant par le biais de la pornographie pour exprimer où elle se situe vraiment, certainement pas dans le sexe, mais dans la politique et dans ce que les citoyen.ne.s deviennent pour coller à leur mauvais exemple…  Fogo-fátuo semble fonctionner à l’identique à dénoncer où se situe le mal en utilisant la métaphore érotique, sans se prendre au sérieux parce qu’avec la distance comique (et cynique) nécessaire. En plus du mélange des genres – théâtre, danse, musique –, ce sont à la fois les dialogues, incisifs, le jeu d’acteurs et le montage qui joue avec les temporalités, se fend d’un prologue et d’un épilogue, et alterne des situations qui jamais ne pourraient se rencontrer, qui donnent ce ton, cette énergie au film. Le jeu de la répétition – visuelle comme sonore avec la reprise d’une seule et même chanson sur les arbres sous toutes les formes et avec une chorale d’enfants ou l’attention portée aux corps des pompiers – loin d’être ennuyeux, fonctionne comme une propagande inversée, à l’image des propagandes politiques dont les discours se répètent et se ressemblent sans aucun apport à la pensée ou au plaisir. C’est aussi le mélange du camp, du queer et précisément de l’homosexualité qui rend le film à la fois actuel et dissonant – ce qui représente une qualité. Quand les pompiers sont perçus comme des sauveurs et les arbres comme l’essence de notre bonheur, ce sont les notions de solidarité et de plaisir qui s’entremêlent jusqu’à la jouissance ; quand se répondent les dialogues entre Alfredo et Alfonso aux débats stériles du Roi en famille, ce sont des questions coloniales, écologiques ou identitaires qui sont abordées – noter l’omniprésence du tableau à tendance esclavagiste –, et l’air de ne pas y toucher. D’aucuns trouveront ça facile, rapide et superficiel, le film est baroque, drôle et surtout, contrairement à trop d’entre eux, ne se prend pas au sérieux, le tout déroulé en un temps record, quoi de mieux ? La traduction du titre indique « Feu follet », il ne fallait rien de mieux pour réanimer un Festival parfois trop guindé, et pas assez indé !

Ana Hyde, mai 2022, movierama.fr