Holy Spider

De Ali Abbasi
Danemark, Allemagne, Suède, France - 2022 - vost - 116' - Couleurs - Numérique
Synopsis

Iran 2001. Une journaliste de Téhéran plonge dans les faubourgs les plus mal famés de la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Elle va s’apercevoir rapidement que les autorités locales ne sont pas pressées de voir l’affaire résolue.

Prix d’Interprétation Féminine au Festival de Cannes 2022 pour Zar Amir Ebrahimi

Critique

Tournée en Jordanie, cette coproduction européenne (entre le Danemark, la Suède, la France et l'Allemagne) propose une exploration dérangeante du rapport aux femmes dans la société iranienne. Construit comme un thriller à l'américaine — avec ce personnage de journaliste menant l'enquête face à un tueur à la lisière de la folie —, Holy Spider est un film diablement efficace, suivant en parallèle le travail d'enquête de son héroïne et le quotidien de ce tueur ordinaire, vétéran de la guerre contre l'Irak, bon mari et père de trois enfants. Et qui pense agir, tout simplement, trouver, dans ses activités nocturnes, un sens à sa vie...

Ce que met en scène Ali Abbasi, ce ne sont rien d'autre que des féminicides purs et simples mais qui, pourtant, ne sont pas vus comme tels par une partie de la population et même par les autorités de Masshad. Lesquelles ne voient pas d'un si mauvais oeil que quelqu'un se décide à vider les rues de ces prostituées, souvent droguées à l'opium, dont elles ne savent pas quoi faire... Dans une telle société patriarcale, profondément religieuse, où la misogynie est un état de fait (pas que pour les hommes...), pas facile pour une femme journaliste (campée par l'actrice et réalisatrice franco-iranienne Zahra Amir Ebrahimi) de se faire respecter... Et comme dans Border, Ali Abbasi se fait en effet profondément dérangeant — jusque dans certaines scènes très dures — pour dénoncer la façon dont l'Iran considérait les femmes il y a 20 ans, au moment des faits historiques, mais aussi aujourd'hui, comme sous-entend le cinéaste à la fin du film.

Hubert Heyrendt, La Libre