A bout de souffle

Jean-Luc Godard - France - 1960 - vost - 105' - Noir et Blanc - Numérique

Après avoir volé une voiture à Marseille, Michel Poiccard est pourchassé par un motard pour excès de vitesse sur la route de Paris. Il se débarrasse définitivement de son poursuivant d'un tir de revolver. Parvenu dans la capitale, Michel dérobe un peu d'argent à une amie, puis retrouve une jeune étudiante américaine, Patricia Franchini, qui vend le «New York Herald Tribune» sur les Champs-Elysées. Amoureux, il voudrait partir avec elle à Rome. Patricia se laisse séduire par Michel et le rejoint dans sa chambre. Les jeunes gens évoquent leur dégoût de la vie et leurs angoisses. Ils s'interrogent sur leur amour. Mais la police recherche Michel...

Critique

(...) Le premier succès de Jean Luc Godard

La première séquence s’ouvre sur une route de campagne. Séquence au cours de laquelle nous découvrons le personnage de Michel, un jeune voyou, au volant d’une voiture volée. Il continue son périple et, au cours d’un contrôle des forces de l’ordre, il abat froidement l’un d’entre eux. A son arrivée à Paris, il retrouve l’une de ses anciennes conquêtes, une américaine qui se prénomme Patricia. Michel essayera par tous les moyens de raviver la flamme avec elle mais en vain. 

La jeune étudiante américaine reste indifférente à son charme. Elle préfère profiter de Paris et de ses environs. Alors qu'elle apprend qu’elle est enceinte de lui ce dernier est rattrapé par son passé. Recherché par la police, son portrait est diffusé dans tous les journaux. Commence alors une chasse à l’homme dans Paris et une cavale haletante ou l’étau se resserre autour de Michel et dont l’issue lui sera fatale.

A bout de souffle est le premier succès du réalisateur. Il y impose un nouveau style et fausse tous les schémas classiques de l’industrie du cinéma. Ceci avec une nouvelle manière de tourner innovante et déroutante (marque de fabrique de la Nouvelle vague) : caméra à l’épaule, scènes tournées en extérieur avec une lumière naturelle. 

Jean Paul Belmondo et Jean Seberg

Jean Luc Godard nous offre de superbe vues de Paris. Le réalisateur décrit toute une époque, un voyage à travers le temps dans un Paris tumultueux. Pour se faire, Godard choisit de confier le rôle principal à Belmondo. Il l’avait dirigé précédemment dans Charlotte et son Jules, un court-métrage dans le cadre duquel le réalisateur lui-même doublait la voix de Belmondo. Ce dernier excelle dans le rôle de ce voyou sans limite et sans remord. Avec son physique si particulier, il apporte un nouveau souffle au personnage de Michel. Une version assez moderne à laquelle les jeunes rebelles de l’époque se sont identifiés. Celui-ci déclarera, lors d’une interview pour la promotion du film, qu’il était assez étonné de l’impact de son rôle sur les jeunes générations. Belmondo sera ainsi comparé (peut-être à tort) à Marlon Brandon.

Jean Seberg, tout simplement sublime avec sa fraicheur et son innocence, incarne une certaine beauté . Elle représente une forme de libération de la femme des années 60. Les plans rapprochés de Jean-Luc Godard mettent en valeur Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg à chaque moment-clé du film. Ce qui permet de captiver le spectateur. Notons que le style vestimentaire de Belmondo est un clin d’œil au comédien Humphrey Bogart et au film de gangsters. 

Un film référence

La mise en scène de Godard est unique. L’expression des visages et les plans rapprochés sur les regards de nos jeunes interprètes ainsi que des scènes sans dialogue donnent une force certaine au film. Lors de sa sortie A bout de souffle remportera un grand succès et recevra plusieurs nominations dont l’Ours d’argent en 1960. Jean Luc Godard aura définitivement imposé son style. Suivent d’autres succès pour le réalisateur dans les années 60 tel que Pierrot le Fou

A bout de souffle demeure une référence pour toutes les générations confondues (la scène du baiser appuyé entre Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo rappelle l’un des grands classiques d’Hitchcock : Les Enchainés) et Godard y exprime tout son art et sa créativité avec cette oeuvre tournée en noir blanc. A bout de souffle, ce chef d’œuvre du cinéma français est à revoir sans modération !

Dorothée Durand, Le Quitidien du Cinéma

Projeté dans le cadre de

Du 20 Octobre 2021 au 19 Novembre 2021
Du 20 octobre au 19 novembre 2021
« Avec la tête qu'il a, il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras, car cela ne serait pas crédible ». Comme quoi on peut se tromper, même lorsqu’on est professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique.