Le salaire de la peur

Henri-Georges Clouzot - France, Italie - 1953 - vofr - 156' - Noir et Blanc - Numérique

Dans un village décrépi d'Amérique du Sud, quatre hommes sont engagés pour transporter une cargaison urgente de nitroglycérine. Ces derniers n'ont pas l'équipement qui la rendrait sûre : toutefois, une rémunération importante les attend...

Une mission périlleuse d'une grande intensité, qui questionne la futilité de la vie humaine. Le film a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes et l'Ours d'or à Berlin en 1953.

Critique

Enchaîner les plans le plus rapidement possible, garder toujours l’accélérateur au plancher, multiplier les effets spéciaux, réduire le sens d’un film à un seul concept : la vitesse. Citius, altius, fortius, la rengaine est la même depuis les temps olympiens et a encore de beaux temps devant elle... Raison pour laquelle les frondeurs nous sont essentiels et qui explique pourquoi Le salaire de la peur n’est pas prêt de vieillir.

Car le film de Clouzot, c’est l’anti-Speed, cette lassante histoire de bus menacé d’explosion si l’aiguille de son compteur descend trop bas. Sa première partie, dans laquelle Clouzot dessine avec précision les personnages principaux, est même d’une lenteur déroutante. Et puis tout d’un coup, le rythme s’emballe : celui du film, implacable, mais pas du camion, obligé, en raison d’un problème mécanique, de rouler le plus lentement possible afin d’éviter toute secousse. Le décalage est saisissant. Alors que dans Speed, chaque instant est directement avalé par le suivant, Clouzot tient suspendue chaque seconde, la chargeant d’une formidable intensité dramatique. Puisque le camion n’avance presque plus, c’est la peur qui, grâce à une réalisation magistrale et des acteurs excellents (Charles Vanel recevra d’ailleurs le Prix de la meilleure interprétation masculine), devient le véritable moteur du film. La peur des conducteurs comme celle des spectateurs, tous victimes du talent de Clouzot et de son cynisme sans pitié.

Frédéric Mairy, À voir à lire

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2020 au 18 Août 2020
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Echos… Cet été, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique.