Le Magnifique

Philippe de Broca - France, Italie, Mexique - 1973 - vost - 95' - Couleurs - Numérique

Un agent du FBI trouve la mort au Mexique dans d'atroces circonstances. Seul Bob Saint-Clare, le célèbre agent secret, est en mesure de résoudre l'énigme. Sur place, Saint-Clare échappe par miracle aux agents des services secrets albanais, lancés à ses trousses par le redoutable Karpof, avant de savourer sa victoire dans les bras accueillants de la belle Tatiana.

Critique

(...) Cela commence comme une parodie de haut vol. Les vannes et les clins d’œil y fusent avec une telle dextérité que l’on craint d’emblée l’infarctus d’hilarité. Les péripéties dans lesquelles se démène l’agent Bob Saint-Clair accèdent exclusivement à l’originalité grâce au manque de sérieux avec lequel ce héros volontairement caricatural se comporte. La surenchère prédomine ainsi pendant les premières minutes du Magnifique, sans que l’enchaînement de blagues ne nous laisse appréhender le moindre moment de répit. Et puis, sans avertissement, survient un revirement majeur qui rend les exploits rocambolesques du protagoniste encore plus incroyables : ils sont le fruit d’une imagination frustrée, qui se démène seule dans son appartement dans cette démarche littéraire à vocation bassement alimentaire. L’ajout d’un deuxième niveau de lecture n’a certes plus rien de révolutionnaire pour un spectateur rompu à tous les dispositifs de narration tordus, qui ont vu le jour au fil de l’Histoire du cinéma. Il renforce par contre considérablement la prise de plaisir face à cette intrigue désormais diablement déchaînée, qui ne manque pas une occasion pour tourner en dérision les situations et les personnages généralement associés au monde si prestigieux des agents secrets.

 Les deux faces de Belmondo

Au cœur de cette agitation royale se trouve bien sûr Jean-Paul Belmondo au meilleur de sa forme. Son double rôle englobe souverainement toutes les facettes – ou presque – du personnage filmique de l’acteur, tel qu’il existait à l’époque et par rapport à la place qu’il occupe depuis dans la mémoire pleine d’affection du public français. D’un côté, il est le bellâtre narcissique et passablement bête, un tombeur de filles né dont le charme est l’arme la plus redoutable. Et de l’autre, il incarne l’âme torturée par tant de facilité, l’esprit critique qui voit toujours le verre à moitié vide, le yin dépressif sur le pied de guerre avec son yang hédoniste. Belmondo passe de l’un à l’autre avec une aisance bluffante. Mieux encore, il réussit à transmettre sans la moindre fausse note sa propre prise de distance envers ces deux personnages que tout oppose. Dans Le Magnifique, Jean-Paul Belmondo accède précocement à l’accomplissement de son destin cinématographique, à travers un tour de force inimitable. Il y est si formidable que même sa partenaire à l’écran Jacqueline Bisset – aussi sublime soit-elle – fait essentiellement de la figuration à ses côtés. (...)

Tobias Dunschen, Critique-film.fr

Projeté dans le cadre de

Du 20 Octobre 2021 au 19 Novembre 2021
Du 20 octobre au 19 novembre 2021
« Avec la tête qu'il a, il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras, car cela ne serait pas crédible ». Comme quoi on peut se tromper, même lorsqu’on est professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique.