Paris, Texas
Après plusieurs années d’errance et de silence, Travis réapparaît dans le désert texan. Accompagné de son jeune fils, il entreprend un voyage à travers l’Amérique à la recherche de la femme qu’il a perdue.
Palme d’Or du Festival de Cannes 1984, Paris, Texas est l’un des plus beaux road movies de l’histoire du cinéma. Réalisant la performance la plus bouleversante de sa carrière, Harry Dean Stanton fait face à une inoubliable Nastassja Kinski dont la présence lumineuse et mélancolique hante durablement le film.
Dans le cadre de la rétrospective Les Étoiles
Dès la première image, un plan d’hélicoptère sur le désert Mojave, Paris, Texas annonce la couleur. Cette fois-ci, pas question de biaiser avec le mythe, le film sera un western ou ne sera pas. Privé de cheval et de mémoire, de ses attributs comme de sa fonction, le cowboy est un revenant. (...)
En s’appropriant cet archétype, Wenders aborde enfin de front ce qui sous-tendait son cinéma depuis toujours. Qu’on l’appelle road-movie ou cinéma de l’errance, son modèle avoué est le western, lui-même adaptation moderne de L’Odyssée. Comme le justicier solitaire arpentant la plaine en attente d’une histoire qui veuille de lui, comme Ulysse avant de rentrer à Ithaque, le Travis de Paris, Texas a patienté longtemps. Son retour n’en est que plus émouvant. Maintenant que la multitude de spots publicitaires ayant utilisé à tort et à travers la musique de Ry Cooder est oubliée, ces images retrouvent toute leur force. Elles marquent l’entrée fracassante de Wenders dans le territoire secret de son imaginaire, le saut dans le tableau qu’il contemplait.
De ce point de vue et au-delà de son immédiate signification narrative, Paris, Texas est le titre le plus malin, et pourtant le plus franc, pour un film qui jette un pont suspendu entre un regard européen et une légende américaine. Tout le projet de Wenders est contenu dans la virgule qui sépare et unifie ces deux indications spatiales. L’utopie du titre recouvre entièrement celle du personnage.
Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, 1995



