La Communion

Jan Komasa - Pologne - 2019 - vost - 115' - Couleurs - Numérique

Daniel, 20 ans, se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention pour la jeunesse. Le crime qu'il a commis l'empêche d'accéder aux études de séminariste. Libéré sur parole, au lieu d'aller travailler, il se présente à la paroisse de la ville voisine comme un prêtre en vacances.

Critique

La Communion est inspiré de faits réels. De quoi s’agit-il ?

Il y a eu un cas qui a fait la une des journaux en Pologne : un jeune homme s’est fait passer pour un prêtre pendant environ trois mois. Il s’appelait Patryk et il avait 19 ans à l’époque. Mateusz Pacewicz, mon scénariste qui est aussi journaliste, avait écrit un article sur cette histoire et c’est de là que vient le film. Nous avons changé son nom en Daniel, mais les personnages sont similaires, ainsi que son parcours dans une petite ville de province. Le jeune homme avait célébré des mariages, baptêmes et enterrements. Il était fasciné par tout ça et voulait réellement devenir prêtre. Nous avons construit le film à partir de cette histoire, mais Mateusz a rajouté la partie dans le centre de détention pour mineurs et aussi la tragédie qui avait frappé ce village. Toute la polémique est née du fait qu’il s’était révélé bien plus efficace que son prédécesseur. C’est ça qui est intéressant, c’était quelqu’un qui n’avait pas baigné dans l’Eglise et qui ne se préoccupait pas du dogme officiel, mais les gens étaient satisfaits de son travail. Certains se sont sentis trahis, mais il a réussi à attirer de nouveaux croyants. En réalité, des cas similaires se produisent tous les ans, et pas qu’en Pologne. En Espagne, un homme s’est fait passer pour un prêtre pendant une douzaine d’années. Les raisons qui les poussent à ça sont diverses, mais souvent ils essayent d’échapper au système judiciaire, et c’est bien plus facile dans les petites communautés où l’on ne pose pas trop de questions.

C’est intéressant en effet qu’une personne dépourvue d’une formation traditionnelle de séminariste puisse toucher les gens à un niveau si profond. Les sermons de Daniel dans le film sont très directs et honnêtes. Comment les avez-vous développés ?

Il nous a fallu d’abord établir un point fondamental : est-ce que le personnage avait un plan préétabli ou est-ce par hasard qu’il devient prêtre ? Est-ce qu’il va à l’église dans le but de fuir l’usine ? Est-ce son rêve caché d’endosser l’habit ou une mystification ? À partir du moment où il décide de ne pas suivre le programme de réinsertion, il n’a plus d’objectif. Quand il arrive à l’église. Il a peur des gens. Il ne s’est pas confronté au monde depuis des années. Il n’est pas sociable et c’est pour cela qu’il ment sur son statut de prêtre. Pour éviter de faire une comédie à la Sister Act, il fallait rendre ces personnages crédibles pour les spectateurs. C’était un vrai pari, à la fois en termes d’écriture mais aussi de mise en scène. Les gens ont tendance à pardonner aux jeunes prêtres qui ont souvent des idées « subversives ». En Pologne il y a même eu un prêtre rappeur ! C’est pour ça que dans la première partie du film, les gens du village acceptent ses lacunes : c’est un jeune avec un regard frais sur les choses ! Daniel n’a pas passé des années dans un séminaire et n’a pas les filtres de l’institution, il parle directement avec son cœur. D’autres essayent de faire ça sans y parvenir, mais lui il a vraiment cette étincelle divine. Soudainement, dans une sorte d’impulsion, il peut trouver les mots justes. Et pour certaines personnes, notamment dans des moments particuliers de leur vie, c’est plus qu’assez.

Entretien extrait du dossier de presse