Le Ciel est à vous

Jean Grémillon - France - 1944 - vofr - 105' - Noir et Blanc - 35mm

A la suite d'une expropriation pour création d'un terrain d'aviation, Pierre part avec sa femme, Thérèse, vivre en ville. Bientôt, il se laisse entraîner à son ancienne passion et donne des baptêmes de l'air. Sa femme le lui reproche, mais va à son tour succomber au charme de voler...

Critique

Inspiré d'un fait réel, le record du vol en ligne droite établi en 1937 par la femme d'un garagiste de Mont de Marsan, ce film dépeint les exploits sportifs d'une jeune femme passionnée d'aviation. C'est surtout un film profondément anti-vichyste. Grémillon exalte le féminisme au moment où le pouvoir en place estime que la seule vraie place de la femme se trouve au foyer. C'est ce que diront les membres du conseil municipal qui, Maulette une fois mort, retireront sa subvention au couple. Grémillon croit bien au contraire à l'héroïsme du français de base et lance ainsi un message d'espoir vers la province, appelant à ne pas se résigner à la collaboration mais à rechercher toujours la liberté. Sorti en février 44, mois où se tourne Les Enfants du paradis, ce sera le dernier succès public de Grémillon qui ne fera plus que trois films.

L'amour entre Pierre et Thérèse est rendu avec d'autant plus de force qu'il s'oppose au conservatisme moutonnier du village. Le plan d'ouverture du film, un troupeau de moutons avec, en parallèle, des enfants sous la conduite d'un curé ne dit sans doute pas autre chose. On retrouvera, à la fin du film, lorsque tout semble perdu et que Pierre rentre seul avec les enfants, ce même plan des orphelins défilant. C'est, cette fois-ci, le destin qui les attend peut-être ; ce même défilé ayant été vu lorsque les enfants commentent, seuls, le départ de leurs parents pour l'envol de leur mère. Enfin le film se clôture sur ce défilé, comme une menace qui s'éloigne, alors que triomphent Pierre et Thérèse. La menace villageoise, d'abord matérialisée par les coups de téléphone hargneux et dénonciateurs manque de virer au lynchage avant que Pierre ne se rende compte qu'on vient lui annoncer le triomphe de sa femme. A cette meute qui hurle, Pierre oppose la sincérité de son amour : "J'ai pas d'idée moi, j'ai rien à dire, j'ai seulement de la peine." Comme précédemment, avant de laisser partir Thérèse, il lui avait demandé : "La plus grande preuve d'amour, c'est de te dire oui ou de te dire non ?"

Jean-Luc Lacuve

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi