La Mouche

David Cronenberg - Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada - 1986 - vost - 95' - Couleurs - Numérique

Seth Brundle est un jeune biologiste très doué. Après avoir fait ses premières armes dans une brillante équipe, il se décide à travailler seul. Il met au point une invention qui doit révolutionner le monde : la "téléportation", qui consiste à transporter la matière à travers l'espace. Les essais sur un babouin sont peu convaincants et après des fuites dans la presse, il décide de se téléporter lui-même. Seulement il ne s'aperçoit pas qu'une mouche fait partie du voyage.

Critique

Trois personnages, une mouche et un babouin : hormis quelques scènes, c’est avec cet effectif que Cronenberg a construit La Mouche. La théâtralité du récit lui permet d’élaborer la relation triangulaire entre les protagonistes (réduits à peu d’espace) et d’augmenter l’intensité des crises de jalousie respectives. L’entrepôt, qui sert à la fois de laboratoire et d’habitat à Brundle, est imposé d’emblée comme le lieu principal du film. Il sera d’ailleurs exploré de long en large : Brundle-Mouche, transformé, grimpe sur les murs, épie du toit, etc. Même l’entre-deux (d’un « telepod » à l’autre), la dimension invisible aux yeux du spectateur, ne peut échapper à Brundle, demi-dieu. Cronenberg réussit ainsi à épuiser visuellement les possibilités du huis clos.

C’est après son premier rapport avec Veronica que Seth Brundle, enfin éveillé sexuellement, se rend compte de sa mégarde par rapport à la téléportation, que son ordinateur a une interprétation faussée de la chair. Il décide donc de faire une expérience avec un steak, plutôt que de gaspiller les réserves naturelles de babouins. A ce moment du film, le chercheur entre dans un processus bien particulier, et nous avec : découverte des plaisirs de la chair, prise de conscience redoublée sur la fragilité du corps, peur de vieillir. La machine de Brundle, qui désintègre puis réintègre un corps d’un « telepod » à l’autre, est devenu, quelque part, un substitut de l’acte amoureux. On notera que ce qui arrive à Brundle et Veronica est similaire, mais organiquement : l’un est désintégré physiquement par sa transformation, puis réintégré partiellement dans le ventre de l’autre, enceinte par conséquence d’un monstre en puissance.

Aujourd’hui, La Mouche n’a perdu ni son éclat ni sa poésie et reste actuel tout en étant parfaitement témoins des tracas de l’Amérique des années 1980, exposées au grand jour : nouvelle maladie (SIDA), drogues (l’effet cocaïne/amphétamine que produit le sucre dans le cas de Brundle), question de l’avortement. Si sa vision n’était pas aussi éprouvante, on en redemanderait presque !

Donald Devienne, Critikat.com

Projeté dans le cadre de

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