La Femme sans tête

De Lucrecia Martel
Argentine, France, Espagne - 2008 - vost - 87' - Couleurs - 35mm
Synopsis

Veronica est au volant de sa voiture quand, dans un moment de distraction, elle heurte quelque chose. Les jours suivants, elle semble disparaître, doucement étrangère aux choses et aux personnes qui l’entourent. Subitement, elle avoue à son mari qu’elle a tué quelqu’un sur la route. Ils retournent ensemble sur les lieux de l’accident mais n’y découvrent que le cadavre d’un chien. Alors que ce mauvais épisode parait clôt et que la vie reprend son cours, un cadavre est découvert

Critique

"Présenté en compétition à Cannes en 2008, La Femme sans tête y reçut un accueil chahuté. Et pour cause, ce troisième long métrage de Lucrecia Martel avance à pas feutrés et son propos politique, à l'image de sa protagoniste mutique, reste en arrière-plan, tout en s'immisçant pernicieusement dans le quotidien. La cinéaste filme cette chronique sociale de façon dérobée, dans une démarche anti-spectaculaire assumée, se focalisant uniquement sur son personnage accidenté. Ironiquement, le visage de cette « femme sans tête » est omniprésent, l'absence métaphorique du titre désigne la passivité de Verónica face aux événements qui surgissent. La caméra ne quitte pas l'actrice María Onetto, la dévoile parfois frontalement, isolée par la faible profondeur de champ, ou par le truchement d'une vitre ou de la pénombre d'une pièce, qui rendent palpable cet effacement. Si le drame intime (l'inceste, l'infidélité) est montré, toute la représentation de la société argentine (paupérisation périurbaine, hiérarchie de classes) relève, telle Verónica qui n'a pas vu ce qu'elle aurait dû voir, du domaine de l'inapparent. Dès lors, le récit s'écoule par ce qu'elle entend, c'est tout un paysage sonore (la pluie) et les dialogues, pour la plupart hors champ (l'enfant mendiant), qui dessinent un pays rongé par les inégalités : l'amnésie et l'aveuglement de la bourgeoisie qui détourne le regard face à ses propres privilèges, et les rapports de domination sur lesquels elle prospère."

-Loris Dru-Lumbroso, La Cinémathèque française

Projeté dans le cadre de

Du 29 Avril 2026 au 12 Mai 2026
en 5 films du 29 avril au 12 mai !