
L'Agent secret
Brésil, 1977. Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où le carnaval bat son plein. Il vient retrouver son jeune fils et espère y construire une nouvelle vie. C’est sans compter sur les menaces de mort qui rôdent et planent au-dessus de sa tête…
Cannes 2025: Prix FIPRESCI, Prix de la mise en scène et Prix d’interprétation masculine
Dans la peau du héros traqué, évoluant tel l’agent secret du titre, l’acteur brésilien Wagner Moura (célèbre pour son rôle de Pablo Escobar dans Narcos) impressionne par sa justesse. Ses regards captivent l’attention. Autour de lui, Kleber Mendonça Filho déploie une incroyable galerie de personnages. Certains craignent pour leur vie. D’autres n’ont aucun scrupule à tuer. Instillant autant de tension que d’humour, le réalisateur de Aquarius et Portraits fantômes poursuit ainsi son exploration critique des relations de pouvoir et des injustices sociales, tout en jouant avec les genres et l’histoire du cinéma. Parfaitement intégrés au récit, ses réappropriations de films, tels Les Dents de la mer de Steven Spielberg ou Le Magnifique, où Jean-Paul Belmondo se rêve en espion, deviennent des miroirs de l’intrigue et ajoutent du piquant à la toile de fond carnavalesque de Recife – où se promène une jambe poilue tirée d’une légende urbaine!
Grâce à ses références culturelles aux années 1970, ses décors vintage, et à sa bande-son mêlant samba, forró ou folk rock, L’Agent secret atteint à une formidable densité. Agencé en strates multiples et précisément mis en scène, le film avance comme un puzzle dont les pièces s’imbriquent avec brio, ce dévoilement progressif devenant le moteur du suspense. À travers une histoire personnelle se dessine alors le portrait d’un pays miné par la corruption et l’oppression, qui transcende la mémoire brésilienne pour faire écho à la résistance de façon universelle. Très drôle et hautement divertissant, ce chef-d’œuvre résonne puissamment aujourd’hui.
