Ragtime

De Milos Forman
USA - 1981 - vost - 155' - Couleurs - Numérique
Synopsis
1906. Les destins croisés d’hommes et de femmes de milieux différents dans le New York du début du siècle qui s’éveille au jazz, au ragtime... 
Critique

Pour le retour au cinéma de James Cagney, Forman adapte E. L. Doctorow dans une fresque aux destins liés, qui prend le pouls d'une Amérique érigée sur la misère. Avec une précision rageuse, il signe une radiographie brillante, modèle de construction romanesque, hantée par les tensions raciales et l'injustice sociale.

Ragtime est le septième film de Miloš Forman, une production conséquente de Dino de Laurentiis, sorti en 1981. C'est l'adaptation d'un roman d'E. L. Doctorow, lui-même adapté de la nouvelle de Heinrich von Kleist Michael Koohlhas. On retrouve de la nouvelle de Kleist l'idée que la justice s'accomplisse de manière absolue, que le combat qu'on mène pour elle détruise tout. Ici, celui d'un homme rangé, pianiste noir au relatif succès, contre l'injustice et les agents soumis d'un système qui la dirige, qui mettra en péril l'environnement sécurisant de sa cellule familiale et sociale, jusqu'à sa destruction et, par son engrenage implacable, jusqu'à la mort. C'est une image de l'Amérique que traduit Forman à travers cette histoire. On sent un cinéaste qui prend plaisir à mêler la grande histoire aux petites, dans cette fresque où les destins se lient et se croisent. Il oppose ainsi des destins divergents, ceux de puissants capitalistes hystériques (le personnage de Harry K. Thaw, milliardaire assassin), celui du révolté noir délirant (Walker Coalhouse), ceux de ses disciples terroristes que rejoint un jeune blanc anarchiste (Brad Dourif) et ceux d'immigrés d'Europe de l'Est qui survivent par l'audace (le personnage du réalisateur). On reconnaît un discours de Forman qui, en imposant une maîtrise formelle d'une efficacité étourdissante tout en y inscrivant des personnages sensibles, dépeint une Amérique complexe dont les héros ne sont pas ceux qui font l'Histoire, mais ceux qui savent assumer ce que leur destin bouleverse et qui font face. Un discours de « dissident », au service du cinéma.

-La Cinémathèque française

Projeté dans le cadre de

Du 1 Avril 2026 au 28 Avril 2026
du 1er au 28 avril !