Rusty James
Tulsa, Oklahoma. Petite frappe locale, Rusty James rêve d’égaler les exploits de son grand frère, le Motorcycle Boy, légendaire chef de bande qui a choisi de s’éclipser. En son absence, pour être à la hauteur de sa réputation et se tailler la part du lion, Rusty se frotte aux gangs rivaux… Un soir, une rixe tourne mal. Le voyou est gravement blessé et ne doit son salut qu’à l’intervention inattendue de son aîné. Mystérieux et charismatique, le Motorcycle Boy est de retour chez lui…
"Coppola envisage The Outsiders et Rusty James comme des « films d’art pour ados », un genre inauguré par La Fureur de vivre, de Nicholas Ray (1956), à qui les deux films doivent énormément. Comme le film de Ray, Rusty James est un grand poème lyrique et tragique sur l’adolescence, un autel dressé à une période charnière et fantasmée de la vie, entre fin de l’innocence et découverte brutale du monde des adultes.
En fait de désenchantement, Rusty James est presque entièrement tourné dans un noir et blanc qui correspond à la perception du monde de son héros daltonien, le Motorcycle Boy (Mickey Rourke). Choix qu’on pourrait croire travaillé par une soudaine volonté de modestie formelle, après la pyrotechnie visuelle de Coup de cœur et de The Outsiders. Sauf que si ses moyens ont changé, rien ne peut arrêter les expérimentations de Coppola : brèves occurrences colorées – des poissons rouges, verts ou bleus traversent nonchalamment le cadre –, jeux d’ombres expressionnistes, angles obliques, plans très composés font de Rusty James un petit diamant, qui doit autant à Abel Gance qu’à Orson Welles.
Le film, dédié au frère de Francis Ford Coppola, évoque l’amour fraternel, la fascination de Rusty James (Matt Dillon) pour son aîné, un être mélancolique, au bord de la folie, avec qui il entretient un rapport de mimétisme total. Il reprendra ce motif fraternel en 2009 dans Tetro, autre œuvre wellesienne qui prouve que, depuis les années 1980, Coppola n’a jamais abandonné le fil de son ambition : une recherche formelle entièrement au service de la puissance des affects."
-Murielle Joudet, Le Monde

