Jack

De Francis Ford Coppola
Etats-Unis - 1996 - vost - 113' - Couleurs - Numérique
Synopsis

L'histoire de Jack, dix ans, dont le corps vieillit quatre fois plus vite que la normale. Cette étrange maladie lui donne l'apparence physique d'un adulte. Ecartelé entre l'âge qu'il a et l'âge qu'on lui donne, Jack tente de vivre normalement. Surmontant sa différence, il saura séduire les enfants de son âge et se faire des amis. Il sait que son existence sera courte, c'est pour cela qu'elle ne sera jamais triste.

Critique

"On aurait grand tort de négliger Jack, le nouveau film de Francis Ford Coppola. Soit en cédant à la très mauvaise rumeur critique qui a qualifié ce film de faux pas dans la filmographie de Coppola. Soit en obtempérant à la stratégie de promotion du film qui ne tient pas trop à vanter que ce spectacle «familial» a bel et bien été réalisé par l’auteur d’Apocalypse Now. Il faut, en effet, avoir les yeux en forme de microscope pour dénicher, au bas-fond de l’affiche de Jack, le nom de son réalisateur. Or, ce qui est justement intéressant c’est que Jack est à part entière le dix-neuvième long métrage de Francis Ford Coppola. Certes, un film de commande dans la mouvance des studios Disney pour qui, Ricardo Mestres, producteur de Jack, a aussi supervisé la version en humains des 101 Dalmatiens. Ce qui induit que Coppola a dû répondre au cahier des charges d’affects sirupeux auxquels le scénario a priori l’obligeait: l’histoire de Jack, un enfant prématurément vieilli qui, à l’âge de 10 ans, vit dans le corps d’un homme de 40 ans. Comme c’est de plus Robin Williams qui s’y colle, véhicule obligatoire de tout ce qui fait renifler le public américain, on a effectivement droit à un quota d’émotions programmées dans une Amérique qui a un cœur gros comme ça. Détail de ce style: après les Blacks, ce sont désormais les Chicanos qui sont en train de prendre du service actif dans les grosses productions US.

La bonne institutrice de Jack s’appelle donc madame Marquez, et son meilleur chouette copain, Luis. Rideau alors? Pas vraiment. Dans le cadre de cette obligation de ratisser large, Coppola ensemence aussi son propre jardin. Cette manière de «faire sans» se concentre essentiellement sur une forte propension à instiller le malaise physique en activant sans cesse le trop gros corps de Robin Williams. Comme ce corps est mentalement dirigé par un cerveau de 10 ans, il y a évidemment certaines situations de la vie domestique qui deviennent pour le moins ambiguës et devant lesquelles, heureusement, Coppola n’a pas reculé. Par exemple, lorsque Jack, travaillé par un méchant cauchemar, demande à se réfugier dans le lit de ses parents. Humainement, c’est classique. Visuellement, ça l’est moins, puisque voilà donc qu’on nous offre le plan plumard d’un étonnant ménage à trois où le plus vieux des partenaires, et le plus poilu, est incontestablement l’enfant de 10 ans. De même lorsque Jack, intégré dans un groupe d’écoliers «de son âge», participe à un concours de pets . Comme c’est le gros pétard de Robin Williams qui s’adonne alors à cette passion pétomane, c’est de nouveau assez troublant, au point qu’elle évoque une pratique scato-sexuelle auparavant attestée par Jean Genet dans Notre-Dame des fleurs. Et l’on se demande à quoi pensent exactement les fillettes de l’école lorsqu’elles reprochent à Jack d’être «monstrueux»?

Mais le comble du gênant-passionnant est atteint lorsque la maman de son copain Luis en chaleur, ne se fiant qu’aux apparences physiques, entreprend Jack avec tout ce qu’il faut de sous-entendus salaces. La bonne idée de la scène, c’est que Jack amorce un tire-bouchonnage de son tee-shirt qui se terminera par une sorte d’improvisation de faux nichons pointés.

Que toutes ces sortes de perversions soient les passagères à peine clandestines d’un film «grand public» ne surprendra que ceux qui n’ont jamais bien fait attention aux autres films de Coppola. Ne serait-ce que Rusty James ou Outsiders, parfait pétage de plomb homo-érotomane en provenance d’un cinéaste abusivement réputé hétérophile."
-Gérard Lefort, Libération

Projeté dans le cadre de

Du 20 février 2026 au 5 Mars 2026
en 23 longs-métrages et 2 documentaires du 20 février au 5 mars !