Le Cabinet du Dr. Caligari

De Robert Wiene
Allemagne - 1919 - vost - 77' - Noir et Blanc
Synopsis

Dans une fête foraine, un vieil homme intimidant et mystérieux se faisant appeler Dr. Caligari tient un stand dans lequel il exhibe un somnambule capable de prédire l’avenir. Ce dernier prédit la mort à son ami Alan, un décès qui survient effectivement la nuit suivante.

Critique

Lorsque Le Cabinet du Dr. Caligari sort en février 1920 en Allemagne puis dans le reste du monde les années suivantes, le public comme la critique sont stupéfaits par une telle démonstration d’étrangeté et d’audaces visuelles. Le spectateur est placé devant des représentations semblant surgir de cauchemars violents et nerveux. Le film de Robert Wiene, écrit de main de maître par Hans Janowicz et le célèbre scénariste Carl Mayer, fut justement considéré comme le manifeste de l’expressionnisme allemand à l’écran.

(...) Le décor du film est un personnage à part entière et apparaît comme principal support de la narration. Le film peut être perçu comme une suite de toiles qui expriment, de façon plus manifeste que les comédiens, l’ambition créatrice des auteurs et, comme on le verra, les différents sentiments du narrateur. Décors en trompe-l’œil, perspectives faussées ou déformées, lignes brisées, courbes amplifiées, contrastes exacerbés, toutes ces techniques concourent à dessiner un univers agressif et perturbateur. Le décor prend véritablement vie. De même que Cesare le somnambule vit sous l’emprise du Dr. Caligari, les personnages sont dominés par un environnement oppressant et terrifiant. La lumière du film, si elle est moins remarquable et remarquée que le décor, participe aussi de l’atmosphère troublante et inquiétante. La notion de hors champ trouve d’ailleurs une illustration grâce à l’utilisation des ombres portées. L’assassinat d'Alan est filmé grâce à cette technique abstraite et suggestive : les silhouettes de Cesare et de sa victime sont projetées sur le mur de la chambre. Le caractère terrifiant de la scène se double ainsi d’une dimension symbolique. L’horreur effectue un va-et-vient entre le sujet et son expression artistique. On peut affirmer, sans trop se tromper, que c’est la première fois que le cinéma nous propose ce type de scène, maintes fois reprise et adaptée par la suite. (...)

Ronny Chester, DVDClassik

Projeté dans le cadre de