There Will Be Blood
Au début du XXe siècle, Daniel Plainview bâtit un empire pétrolier en Californie, prêt à tout pour accroître sa fortune et son pouvoir.
Fresque monumentale sur l’ambition, la cupidité et la naissance de l’Amérique moderne, There Will Be Blood s’est imposé comme l’un des grands films du XXIe siècle. Dans une composition exceptionnelle qui lui a valu l’Oscar du Meilleur acteur, Daniel Day-Lewis fait face à un remarquable Paul Dano dans un duel aussi fascinant que féroce.
Dans le cadre de la rétrospective Les Étoiles
Durant de longues minutes, il n’y a pas de dialogue. Rien que des bruits : de pelles, de pioches qui creusent le sol à la recherche de l’or. Puis de l’or noir. Bruits, souffles, ahanements. Stridences, aussi, qui composent l’une des plus belles musiques de l’œuvre de Paul Thomas Anderson — signée Jonny Greenwood, de Radiohead… Le film, magistral, est une fresque intimiste. Un duel où s’affrontent deux Julien Sorel américains, face à leurs « Rouge et Noir » à eux : l’or et la foi. D’un côté, Daniel Day-Lewis en self-made-man à l’ambition forcenée et à la paranoïa insidieuse. De l’autre, un être pâle, malingre, effacé (Paul Dano), qui, pour la gloire de Dieu, s’empare de l’âme de ses ouailles à coups de sermons et d’exorcismes. Entre capitalisme et Église, c’est une lutte à mort. Entre ces deux fous, la violence circule comme le sang dans les veines. Pour ce film, le cinéaste américain avait changé de style. Les plans-séquences façon Ophuls de Boogie Nights ont cédé la place à des travellings secs, qui évoquent plutôt le Stroheim des Rapaces. Intense, rageur, magnifique…
Pierre Murat, Télérama

