Les indomptables

Nicholas Ray - Etats-Unis - 1952 - vost - 113' - Noir et Blanc - 35mm

Grisé par le succès, un jeune champion de rodéo néglige son épouse et se fâche avec son manager, lui-même ex-champion à la retraite depuis une grave blessure.

Critique

Chronologiquement, c’est le premier film important qui décrive le monde nomade, cruel, mythique et factice du rodéo. (Viendront ensuite Arena, de Richard Fleicsher, 1953, et Bus Stop, de Joshua Logan, 1956). Avec une grande acuité documentaire, un refus de la dramatisation facile, Nicholas Ray donne de cet univers une description définitive à partir du script fouillé de Horace McCoy et de David Dortort, un ancien cow-boy. Il privilégie pour cela la relation qui s’établit entre les deux personnages principaux. Le premier, étant beaucoup plus mûr que son compagnon, devient pour lui un modèle, une tentation dangereuse, puis une référence finalement dépassée. Ce type de relation constitue l’un des thèmes de base de l’œuvre de Nicholas Ray (cf. entre autres Run For Cover, Rebel Without a Cause). Tout cela donne originalité, relief et intensité au film mais est loin d’être l’essentiel. L’essentiel, c’est l’appréhension psychologique et morale, lyrique et intimiste, de personnage interprété par Robert Mitchum, un homme qui a fini le premier cycle de sa vie et ne réussira pas à accomplir pleinement le second. Désenchantement, insatisfaction indéfinissable, errance inquiète, sentiment d’être devenu étranger dans un mode où il n’a pas sa place (ce sentiment que ressentent la plupart des héros de Nicholas Ray) caractérisent le personnage déraciné de Jeff McCloud que l’auteur regarde avec un œil à la fois fraternel et dépourvue de complaisance. L’admirable composition de Mitchum sert évidemment on ne peut mieux ses desseins. Cette fin de vie manquée mais qui d’une certaine façon se prolongera dans une autre vie (celle du personnage complémentaire joué par Arthur Kennedy) est situé dans une lumière crépusculaire, désolée mais non désespérée, portant la marque indélébile du cinéaste. Source de poésie et de méditation, c’est cette lumière qui au premier chef désigne, pour beaucoup de cinéphiles, Nicholas Ray comme le cinéaste essentiel de sa génération serait restée boiteuse, frustrée de l’expression de sa plus intime vérité.

Jacques Lourcelles, Dictionnaire des Films

Projeté dans le cadre de

Du 15 Décembre 2021 au 20 Janvier 2022
Du 15 décembre 2021 au 20 janvier 2022
Une «Histoire du Western» en un peu plus d’un mois et en 43 films ! Une proposition modeste et ambitieuse à la fois. Modeste, car on ne peut certes pas réduire l’histoire du western à 43 titres.