Mon Légionnaire

Rachel Lang - France - 2021 - vofr - 106' - Couleurs - Numérique

Ils viennent de partout, ils ont désormais une chose en commun : la Légion Étrangère, leur nouvelle famille. Mon Légionnaire raconte leurs histoires : celle de ces femmes qui luttent pour garder leur amour bien vivant, celle de ces hommes qui se battent pour la France, celle de ces couples qui se construisent en territoire hostile…

Critique

En France, le réalisme, dont il existe de nombreuses définitions, ne désigne pas exactement une école, mais fait de plus en plus d’émules. Deux films français présentés à la Quinzaine des réalisateurs, Mon légionnaire, de Rachel Lang et De Bas étage, de Yassine Qnia, tous deux jeunes réalisateurs, s’affilient à cette tradition d’observation, avec assez de sang froid et de suite dans les idées pour se distinguer des emballements du naturalisme dominant. Bien sûr, ce réalisme qu’ils endossent est une discipline, une façon de tenir l’imaginaire à distance pour ne s’en tenir qu’aux faits. Mais tous deux créent, chacun à sa façon, de belles « études » de personnages (à prendre aussi au sens plastique), qui en passent par des regards patients, une construction diachronique, une mise en image sobre mais solide.

(…) Mon légionnaire, second long-métrage de Rachel Lang, jeune cinéaste au passé d’officier dans l’armée de terre, se penche sur une situation moins balisée : la petite communauté que forment en Corse les femmes de légionnaires pendant que leurs maris partent en mission (notamment au Mali). Le film suit l’arrivée sur l’île de Nika (Ina Marija Bartaité), jeune ukrainienne, pour rejoindre son compagnon Vlad (Alexander Kuznetsov), engagé comme troufion dans les rangs de la légion. Elle se retrouve bientôt sous l’aile de Céline (Camille Cottin), femme du lieutenant Maxime (Louis Garrel), le chef du régiment de Vlad, et intégrée au club des compagnes. Leur vie conjugale est affectée par les longues absences des hommes, rythmée par leurs départs et leurs retours.

Le film observe avec précision et une grande richesse de notations les difficultés qu’occasionne la vocation militaire quand elle doit se conjuguer avec la vie amoureuse, deux conditions presque antinomiques. Loin de verser dans l’antimilitarisme primaire, il montre au contraire comment, même à distance, compagnons et compagnes font front commun, bâtissent chacun de leur côté un « esprit de corps », en dépit des frictions qui naissent au sein des couples, comme du spectre de l’échec. Le film doit sa réussite au fait qu’il ne s’en tient pas aux seules coulisses domestiques, mais accompagne les hommes dans leurs opérations militaires, se coltine aussi l’aventure et ses dangers, le lointain et ses horizons. Les retours au foyer n’en sont que plus denses, chargés de cette expérience incommunicable que les soldats conservent au fond d’eux. Est-ce pour cela que Vlad s’obstine à ne pas vouloir d’enfant et, trop fidèle à la légion, prend le risque de s’aliéner Nika ?

Peut-être n’est-ce pas un hasard si les deux films racontent en définitive la même histoire : celle de jeunes hommes trop sérieux, trop attachés à ce qu’ils font, trop pénétrés de leur métier, pour s’adonner à l’amour et à la vie de couple. Le réalisme dans lequel s’inscrivent Rachel Lang et Yassine Qnia est à leur image : refusant le romantisme pour mieux rester fidèle aux personnages, à la vérité de ce qui les relie aux autres, attentif et scrupuleux, au risque d’être par moments trop sages ou réservés. Que le souci de filmer à hauteur d’homme revienne ainsi au cœur du jeune cinéma français est à tout le moins une bonne nouvelle.

Mathieu Macheret, Le Monde, 16/07/2021

 

Projeté dans le cadre de

7 Octobre 2021
Le Jeudi 7 octobre à 20h
Née à Strasbourg en 1984, Rachel Lang, après des études de philosophie et d'art dramatique à l'Université de sa ville natale, s'inscrit à l'Institut des Arts de Diffusion de Louvain et en sort diplôme en poche, avec un Léopard d'argent à Locarno en 2010, pour