Minari

Lee Isaac Chung - Etats-Unis - 2020 - vost - 116' - Numérique

Une famille américaine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut devenir fermier. Son petit garçon devra s’habituer à cette nouvelle vie, et à la présence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connaissait pas.

Critique

Dans les années 80, Jacob Yi débarque avec sa femme et ses deux enfants dans les plaines de l’Arkansas pour se lancer dans la culture de fruits et légumes de son pays, la Corée du Sud, qu’il a quitté avec sa femme pour la Californie quelques années auparavant. (...)

Minari, inspiré par la propre vie du réalisateur, est un conte figurant l’intégration d’une famille immigrée dans l’Amérique profonde. Le réalisateur croque avec tendresse cette région, la beauté de ses paysages, la nature luxuriante et lumineuse, autant que la rusticité du climat et des populations locales, et l’âpreté de l’exil.

Lee Isaac Chung joue avec les clichés du rêve américain, et ses motifs : le tracteur, la grosse voiture, le Mobil Home, ici rouillés, là décati. Le film se déroule comme une somme de souvenirs d’enfance recomposés, avec une nature magnifiée, des situations amplifiées, des paysans mal dégrossis en salopettes, chemises à carreaux et museaux noirs de terre sauf le dimanche à l’église, dessinés comme des personnages de westerns.

Le film évoque également en filigrane la question des croyances. «Quand on ne peut pas payer, il faut réfléchir», explique doctement Jacob à son fils après avoir refusé l’aide d’un sourcier pour trouver l’eau sur son terrain, estimant que tout cela relève du charlatanisme. Il finira quand-même par le rappeler quand il manquera d’eau pour arroser ses plans de légumes.

Les acteurs incarnant les membres de la famille Ly, adultes comme enfants, et Paul l’hurluberlu, sont exceptionnels. Les visages sont filmés en gros plan, en alternance avec des plans larges, fixes, dont la composition parfaite pose les décors et nous en dit plus long que de grands discours sur les situations ou le contexte. Une musique, jolie et bien dosée, rythme les scènes comme une ritournelle.

Le film prend son temps, le temps long et nécessaire pour creuser un sillon et prendre racine. Semé d’allégories, le film évoque avec finesse la complexité d’une intégration, et les sentiments que produit ce voyage vers un ailleurs. «Les poussins mâles on les broie», dit Jacob à son fils, «parce qu’ils ne servent à rien. Toi et moi on doit servir à quelque chose», lui dit-il.

Film poignant et éclairant sur l’immigration aux Etats-Unis dans les années 80, Minari a remporté plusieurs prix prestigieux, dont le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, ainsi que le BAFTA et l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour Yuh-Jung Youn, la fantasque grand-mère.

Laurence Houot, France Télévisions