Benedetta

Paul Verhoeven - France - 2021 - vost - 127' - Couleurs - Numérique

Au XVème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs…

Critique

Un nouveau portrait de femme insaisissable, raconté dans une forme tiraillée entre académisme et iconoclasme.

Il y a quelque chose de Luis Bunuel dans le parcours de Paul Verhoeven. Pas seulement à cause de son goût de la provoc, de sa volonté jamais rassasiée de choquer le bourgeois, mais aussi pour sa facilité à se mouvoir d’une industrie cinématographique à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un style à l’autre, sans jamais perdre son identité en chemin. (...)

Cette capacité d’adaptation, qui tient presque de l’entrisme, est assez impressionnante, et voici Benedetta, qui s’offre à nous dans des habits très chics de « film à César » : casting luxueux emmené par la plus grande star féminine du moment (Virginie Efira), reconstitution d’époque fastueuse… Benedetta a la facture d’une grosse production historique propre à séduire l’Académie, quelque part entre Tavernier et les Polanski tardifs. Mais parler d’académisme serait aller un peu vite en besogne, le film tenant en même temps à fond son programme de « Verhoeven movie » gaillard et déchaîné, nourri d’anarchisme anticlérical, farci de scènes chocs, dénudant allégrement ses actrices, dans un pandémonium qui ne ressemble pas franchement non plus au tout-venant du cinéma d’ici. (...)

Al’origine de Benedetta, il y a un livre de Judith C. Brown, Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne. L’ouvrage raconte la vie de cette religieuse italienne du XVIIème siècle qui, au couvent de Pescia, en Toscane, tombait régulièrement dans des extases mystiques, conversait avec Jésus, fut prise pour une sainte, puis soupçonnée d’être une affabulatrice, avant de choquer les autorités religieuses quand furent découvertes ses relations sexuelles avec une autre sœur du couvent, Bartolomea. Verhoeven y a trouvé la matière d’un nouveau portrait de femme insaisissable, impénétrable.(...) 

Benedetta ment-elle (à elle-même et à ses supérieurs) quand elle raconte ses rencontres avec le Christ ? Manipule-t-elle pour gravir les échelons du pouvoir et s’abandonner ensuite en toute impunité aux plaisirs de la chair ? La première fois qu’elle entre en transe, en tout cas, c’est lors d’une représentation théâtrale, Verhoeven suggérant d’emblée que ses visions sont peut-être un leurre, une mise en scène. Ou alors la conséquence de pratiques religieuses d’abord pensées comme un spectacle. Avec son ironie habituelle, le cinéaste ne tranche pas. Ce qui le fascine au fond chez Benedetta, comme chez toutes ses héroïnes, c’est leur capacité à manœuvrer et à survivre dans un monde inique, violent, autoritaire. Peu importe que la religieuse mente ou soit sincère, du moment qu’elle résiste et affirme sa liberté. Et qu’elle prend, au passage, un peu de plaisir. (...)

Frédéric Foubert, Première