The Hunt

Craig Zobel - Etats-Unis - 2020 - vost - 90' - Couleurs - Numérique

Des inconnus se réveillent bâillonnés en pleine nature. Ils découvrent rapidement qu'ils sont les candidats d'une chasse à l'homme grandeur nature orchestrée par de riches Américains qui ne désirent qu'une seule chose : chasser et abattre, par snobisme ou mépris de classe, des citoyens pauvres…

Critique

(…) Que faire quand on est un riche Américain, habitué des voyages en jet privé, et qu’on s’ennuie à force de boire trop de champagne? Kidnapper des compatriotes, si possible d’Etats ruraux plutôt pauvres, les relâcher en pleine campagne en leur laissant des armes – autant, s’amuser un peu – puis les tirer comme des lapins. Chasser, traquer et tuer des citoyens moyens pour le plaisir: The Hunt («La Chasse»), satire ultra-violente de la société américaine, avec Hilary Swank et Betty Gilpin en vedettes, ne pouvait que faire grincer des dents. En pleine campagne présidentielle, des républicains ont cru y déceler de l’agressivité et de l’irrespect d’une certaine élite démocrate à l’égard des électeurs de Donald Trump. Même le président y a trouvé son mot à dire. Sur Twitter, il a fustigé, sans jamais directement nommer le film, «un Hollywood gauchiste, raciste au plus haut point, avec beaucoup de colère et de haine». Le film a pour but «d’enflammer et de provoquer le chaos, ajoute-t-il. Ce sont eux les vrais racistes [«les libéraux d’Hollywood»], et ils sont très mauvais pour notre pays!» Dire que la sortie du film a été chahutée est un euphémisme. Alors qu’elle était initialement prévue en septembre 2019, les studios Universal ont dû la repousser à mars. Diffusée dès juillet, la bande-annonce avait choqué et fait l’objet de récupérations politiques. Puis deux fusillades, à El Paso (Texas) et à Dayton (Ohio), ont endeuillé le pays début août, avec 31 morts en moins de vingt-quatre heures, convainquant définitivement Universal de reporter la sortie. La major a par la suite utilisé cette controverse, comme pour tenter de conjurer le mauvais sort. L’affiche, qui représente un cochon, précisait, en grand: «Le film de l’année dont on parle le plus est celui que personne n’a vu. Jugez-le vous-même.» Le 13 mars 2020 n’a finalement pas été une bonne date non plus. Quelques jours après, les cinémas des principales villes américaines touchées par le coronavirus fermaient. (…) The Hunt se joue du politiquement correct – il y a notamment une tirade assez drôle sur les «Noirs» et les «Afro-Américains» – et évoque les thèses complotistes qui fleurissent sur internet. C’est aussi un film aux relents orwelliens, où les Blancs se moquent des privilèges de Blancs. Pour Variety, le film est l’une des interprétations les plus efficaces de la nouvelle The Most Dangerous Game (1924), de Richard Connell, adapté plusieurs fois au cinéma. The Hunt rappelle également Get Out (2017), de Jordan Peele, où des Blancs cherchent à voler le cerveau et les compétences de Noirs-Américains, rappelle le média. Ou encore The Last Supper (1995), de Stacy Title, avec Cameron Diaz, l’histoire d’un groupe de libéraux qui empoisonnent des conservateurs invités à dîner. (…)

Valérie de Graffenried, Le Temps

 

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2021 au 24 Août 2021
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Comme l'année dernière, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique, qui fait dialoguer films récents, grands succès de l'année écoulée, et œuvres incontournables de l'histoire du Cinéma. Nous invitons le public au jeu de l'association de l'émule et du modèle...