Chasseurs de truffes

Michael Dweck, Gregory Kershaw - Italie - 2020 - vost - 84' - Couleurs - Numérique

En Italie, dans la région du Piémont, Carlo Conella, âgé de 84 ans, consacre son temps à la chasse aux truffes. En compagnie de son chien entraîné à renifler le parfum du champignon souterrain, cet octogénaire s'aventure dans des endroits montagneux peu accessibles en risquant parfois sa vie. Le prix exorbitant que les gourmets sont prêts à payer pour ce délice gastronomique incite d'autres retraités à suivre son exemple et à développer une expertise unique.

Critique

Un documentaire savoureux. (...) Michael Dweck et Gregory Kershaw (...) suivent une série de vieux chasseurs de truffes blanches des collines du Piémont. Avec beaucoup de délicatesse et sans voix off, les réalisateurs américains les laissent parler, en fait surtout à leur chien. Car, avant même de quête du précieux champignon, ces hommes ont l’amour de leur chien, comme Carlo qui s’inquiète de ce que ce dernier deviendra après sa mort.
David Moginier, 24heures.ch
 

" Après nous avoir embarqués vers le Nord de l’Italie, là où pousse la truffe blanche d’Alba, Dweck et Kershaw nous plonge dans tout un univers de petits secrets et mensonges, et c’est tout simplement hilarant de voir les chasseurs de truffes, pour la plupart largement octogénaires, tous de sexe masculin, se lancer dans des conversations sans fin pleinement conscients, dès le départ, qu’aucune once de vérité ou bribe d’information utile ne va en ressortir.

Mais les réalisateurs montrent que même les chasseurs les plus doués peuvent être dupés, comme ils ne mesurent pas vraiment la valeur réelle de leur récolte : ce qu’ils vendent pour quelques centaines d’euros change ensuite de mains pour des milliers. «Je n’ai aucun moyen de savoir quel est le juste prix !», s’exclame l’un d’entre eux, exaspéré, ce qui résume assez bien le problème. Mais compte tenu de la concurrence et du manque de communication (si si !), tout ce qu’ils peuvent faire à ce sujet, c’est s’énerver.

C’est une belle brochette de curieux personnages qu’on voit défiler ici. Ils semblent plus enclins à emmener leurs secrets (en particulier leurs zones à truffes préférées) dans la tombe qu’à les partager avec qui que ce soit, et ne suivent dans la vie qu’une seule règle : «Fais confiance à ton chien». Mais aussi curieuse qu’elle puisse être, cette communauté est déjà bien rodée à sa routine – même un curé du coin n’y réfléchit pas à deux fois avant d’accorder sa bénédiction à quelqu’un pour qu’il puisse continuer «son travail d’exceptionnel chasseur de truffes». Et son chien aussi (c’est de bonne guerre) a droit à un peu de grâce divine.

Tout cela est-il adorable et charmant pour autant ? Pas vraiment, entre tout le négoce qui se fait sous le manteau et les experts douteux qui viennent renifler les truffes pour des présidents. Le réchauffement climatique joue son rôle aussi, ainsi que la menace de déforestation qui plane constamment sur nos chasseurs. Mais bien qu’ici, les discussions se fassent souvent à table, comme dans tout film de mafieux qui se respecte, ici, l’approche est «laisse le pétard, prends les champis» – et non les cannellonis.

Chasseurs de truffes évoque fortement d’autres films populaires sur de braves gens qui restent attachés aux vieilles traditions, se soucient peu des questions d’argent et tiennent avant tout à leur liberté (ici matérialisée par une promenade nocturne secrète avec le chien, en croisant les doigts pour que madame ne remarque rien), mais ça n’a pas grande importance dans la mesure où le film est un délice de bout en bout, le genre de titre qui est certain de séduire les spectateurs bien au-delà du circuit des festivals. Et si son succès influe de nouveau sur le prix des truffes, eh bien qu’il en soit ainsi. Peut-être que les hommes qui les trouvent auront enfin leur part du gâteau."

Marta Balaga, Cineuropa