First Cow

Kelly Reichardt - Etats-Unis - 2019 - vost - 121' - Couleurs - Numérique

Autour de 1820, Cookie Figowitz, un cuisinier expérimenté solitaire et taciturne, voyage vers l’ouest et finit par rejoindre un groupe de trappeurs au fin fond de l’Oregon. Là, il se lie d’amitié avec King-Lu, un immigrant d’origine chinoise qui cherche aussi à faire fortune. Ils vont rapidement s’associer pour créer une petite entreprise prospère, utilisant une vache laitière très prisée par un riche propriétaire des environs pour fabriquer des gâteaux…

Critique

Qu’est-ce qui lie Wendy à sa chienne Lucy ? Qu’est-ce qui lie les deux héros de Old Joy ? Ou « certaines femmes » dans son précédent long métrage ? Les liens entretenus entre eux par les protagonistes de Kelly Reichardt se passent souvent d’explications mais ne sont pourtant jamais évidents. Ses personnages sont écrits avec une profonde bienveillance, regardés avec honnêteté et empathie et ils semblent tous exister en chair et en os. First Cow ne fait pas exception – le film est un nouveau trésor, et on en sort avec le même sentiment qu’avec ses précédents longs métrages : ce cinéma- là est d’une telle humanité qu’il semble avoir le pouvoir de rendre meilleur.

On reconnaît très vite la finesse du style de la réalisatrice. Son attention portée aux détails est une nouvelle fois remarquable – la main qui saisit des champignons lors d’une cueillette, l’épaisseur de la mousse dans laquelle les pieds s’enfoncent, un curieux lézard que l’on retourne délicatement, le tout au son exquis d’une autoharpe. Mais les détails chez Reichardt révèlent toujours quelque chose de plus grand. La nature est joliment bucolique certes, mais elle peut avaler les personnages, ils peuvent s’y cacher comme en émerger. Et lorsque la cinéaste filme littéralement un voyage dans le passé, c’est la nature elle-même qui sert de passage et de césure.(...)

L’expression first cow désigne la vache sacrificielle qu’on peut envoyer traverser un fleuve dont on ignore la profondeur. Il est certes question de vache dans le long métrage de la réalisatrice, mais surtout de protagonistes qui sont des outsiders dans cette région désignée comme une «terre d’abondance». Des pionniers, d’une certaines manières, qui tentent de traverser un fleuve trop profond pour eux. Les figures du pouvoir sont ici d’une vanité ridicule, une meute qui ne donne que l’illusion d’une civilisation. A l’opposé, Cookie et King Lu sont d’une pureté assez bouleversante sans que leur relation ne soit jamais mièvre.

C’est là qu’intervient une dimension de conte : un plan sur un majestueux hibou, sur un ciel incroyablement étoilé, sur une rame qui s’enfonce dans la rivière, et nous voici presque propulsé dans La Nuit du chasseur.

Une citation de William Blake ouvre First Cow:«L’oiseau a son nid, l’araignée sa toile, et l’homme l’amitié ». Comme d’habitude chez Reichardt, le monde semble vu au microscope, scrutant des micro- aventures (ici, deux hommes qui prennent le lait d’une vache pour faire des gâteaux). Mais la cinéaste sait faire résonner l’infiniment petit comme l’infiniment grand – à l’image de cette poignante aventure de poche qui traverse le temps.

Nicolas Bardot, Le Polyester

 

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2021 au 24 Août 2021
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Comme l'année dernière, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique, qui fait dialoguer films récents, grands succès de l'année écoulée, et œuvres incontournables de l'histoire du Cinéma. Nous invitons le public au jeu de l'association, de l'émule et du modèle...