Eva en août

Jonás Trueba - Espagne - 2019 - vost - 129' - Couleurs - Numérique

Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme…

Critique

(…)  «J’aime beaucoup travailler dans l’instant avec mes acteurs, mon équipe, la vérité du moment», admet le cinéaste de 37 ans. Oeuvre d’errance solitaire et de fortuites rencontres charnières, La Virgen de agosto se cimente autour d’échanges, où les gens se parlent directement en se disant les vraies affaires. Une donnée de plus en plus rare. «C’est très beau de filmer des gens qui discutent, avoue celui qui affectionne les créations d’Éric Rohmer, de Jonas Mekas et d’Edward Yang. C’est intéressant de faire un mélange entre les scènes qui sont très dialoguées et celles d’intimité. Il y a beaucoup de cinéma qui utilise seulement l’un ou l’autre. Mais le silence est plus important quand il y a des conversations et vice-versa.» Cela dote le récit d’un rythme évanescent qui semble figer le sablier du temps, ouvrant une brèche vers une sérénité salvatrice. «Je voulais faire un film tranquille, avec une autre forme temps, développe celui qui en est à son cinquième long métrage. Le temps qui passe, c’est la matière principale du cinéma et surtout de ce film. À l’été, le temps s’arrête d’une certaine manière. Aujourd’hui, tout va trop vite, tout est trop rapide. Ce film permet une tranquillité, une autre manière d’être dans le monde.» Un sentiment qui développe une mélancolie que seul le septième art peut procurer dans sa pureté la plus totale. «Je crois que le cinéma est de nature mélancolique, d’une manière profonde et existentielle, maintient Jonas Trueba. Le cinéma est un travail avec le temps, les souvenirs. Un travail indirect avec des choses qui depuis disparaissent. Mais dans le film, on peut capter ces moments et ces traces de vie afin de les immortaliser.»

Martin Gignac, Metro