Motherless Brooklyn

Edward Norton - Etats-Unis - 2019 - vost - 144' - Couleurs - Numérique

À New York dans les années 1950. Lionel Essrog, détective privé souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette, enquête sur le meurtre de son mentor et unique ami Frank Minna. 

Pour son deuxième film derrière la caméra, Edward Norton préserve la jubilation du film noir, tout en renouvelant avec inventivité et humour les codes narratifs et visuels du genre. Une bande originale jazzy géniale, un jeu d'acteur époustouflant, un scénario tortueux, pour un hommage vibrant aux marginaux. 

Critique

« C’est comme si un anarchiste vivait dans ma tête », dit Lionel Essrog (Edward Norton), le détective privé atteint du syndrome de La Tourette, héros de Motherless Brooklyn, pour expliquer pourquoi il ne peut pas s’empêcher de ponctuer sa conversation d’interjections incompréhensibles ou de lapsus grossiers. Un clin d’oeil à peine voilé à Fight Club et, plus généralement, au goût qu’a toujours eu l’acteur pour les personnages intranquilles, « dérangés », perturbés par leurs pensées en fusion. Ce qu’on ignorait, c’est qu’à l’époque où on faisait sa connaissance dans Peur primaleFight ClubThe Score et autres, Norton rêvait déjà de jouer le héros des Orphelins de Brooklyn, le polar de Jonathan Lemm qu’il adapte ici. Motherless Brooklyn est donc l’aboutissement d’une longue quête pour l’acteur-réalisateur. D’ailleurs, le thème a beau être classique (un enquêteur fifties révèle au grand jour la corruption morale qui a permis de bâtir l’Amérique moderne), on sent à chaque instant sa sincérité et sa foi absolue dans le matériau. Avec le chef opérateur Dick Pope (L’Illusionniste), Norton a élaboré une superbe orfèvrerie néo-noir, cernée par le spectre d’Edward Hopper, à la musicalité impressionnante : dopé par des décharges de be-bop furibardes, le récit s’abandonne à l’occasion dans des stases mélancoliques et hypnotiques, rythmées par la voix de Thom Yorke, avant de repartir à la charge. C’est beau, et beaucoup plus qu’un exercice de style : une ode vibrante aux artistes, aux losers et aux idéalistes. Mince, alors... On avait presque oublié à quel point on aime Edward Norton.

Frédéric Foubert, Première

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2020 au 18 Août 2020
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Echos… Cet été, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique.