Le cas Richard Jewell

Clint Eastwood - Etats-Unis - 2019 - vost - 131' - Couleurs - Numérique

En 1996, Richard Jewell fait partie de l'équipe chargée de la sécurité des Jeux d'Atlanta. Il est l'un des premiers à alerter de la présence d'une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté... de terrorisme.

Avec ce récit tiré d'une histoire vraie, le mythique réalisateur américain dresse un portrait d'homme ordinaire, héros du quotidien transformé en coupable, et signe un grand film sur les contradictions de son pays. 

 

Critique

Le cinéaste s’intéresse à l’agent de sécurité, Richard Jewell, qui, le soir de l’explosion, trouva un sac rempli d’explosifs sous un banc, déclencha l’alerte et évita le pire. Le héros anonyme devint une star médiatique, mais il déclencha la paranoïa du FBI, l’avidité prédatrice de la presse et se retrouva surtout victime d’une machination qui allait en partie détruire sa vie. C’est cette spirale qui est au coeur du Cas Richard Jewell. Depuis le début de sa carrière, le héros américain est le personnage eastwoodien par excellence, celui qui dessine un pays avançant entre ombre et lumière, entre Huston et Ford. Mais avec American Sniper, les choses ont commencé à bouger un peu : les êtres exceptionnels ont progressivement été remplacés par l’homme de la rue, un boy next door se transformant en sauveur presque malgré lui. Dans une série de films qui ressemble presque à un martyrologe américain, inspiré par des faits divers réels qu’il filmait à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, Clint Eastwood s’est mis à envisager le rapport de ses personnages non plus au courage ou à des constructions mythologiques, mais aux institutions, au peuple et au réel. Avec Le Cas Richard Jewell, il va plus loin et signe une fable morale sur la vulnérabilité de l’individu et du citoyen face à la machine étatique broyeuse d’hommes et à la furie de la presse avide de sensations... (...)

Le vrai coup de génie du film, c’est de décrire ce héros de manière immédiatement ambiguë. D’habitude, chez Eastwood, les héros ont l’allure de Bradley Cooper, la moustache de Tom Hanks ou la carrure de Matt Damon – ils ressemblent à une star, ils ressemblent à Eastwood lui-même. Jewell (joué par Paul Walter Hauser) est tout le contraire. Un type effacé, corpulent, maladroit. Un vieux gars qui vit toujours chez maman, prend les choses très au sérieux (trop, surtout son job) et semble au début plus efficace pour nettoyer les bureaux que pour sauver le monde. Ce jeu avec les clichés et nos préjugés nourrit la puissance symbolique du film : avec sa gueule de nounours ahuri, Hauser est un anonyme dont on ne sait pas trop si on doit s’en méfier ou au contraire le suivre. Un type comme vous et moi, un John Doe –ça tombe bien puisque Le Cas Richard Jewell fonctionne finalement comme une relecture de L’Homme de la rue (Meet John Doe en VO), l’un des films les plus sombres de Capra, qui racontait comment une journaliste ambitieuse fabriquait un personnage de loser prétendant vouloir se suicider pour protester contre l’injustice de la société. Même mélange de noirceur et de sentimentalisme, même pessimisme, et même personnages secondaires (la journaliste, le type du FBI) infects. (...)

Gaël Golhen, Première

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2020 au 18 Août 2020
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Echos… Cet été, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique.