Joker

Todd Phillips - Etats-Unis - 2019 - vost - 122' - Couleurs - Numérique

Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté, est agressé alors qu'il erre dans les rues de la ville déguisé en clown. Méprisé de tous et bafoué, il bascule peu à peu dans la folie pour devenir le Joker, un dangereux tueur psychotique.

Lion d'or au Festival de Venise en 2019, le film de Todd Philips signe le retour du méchant le plus populaire et machiavélique de la pop culture américaine, interprété par un Joaquin Phoenix dément et habité. Un récit puissant et politique sous influence scorsesienne assumée.

Critique

N’en déplaise aux pessimistes persuadés que les studios hollywoodiens ont définitivement rendu les armes côté ambition artistique, les yeux rivés sur les recettes de leurs films devenus produits, il est donc possible de regarder un film centré sur un personnage de comics sans devoir se fader des déluges d’effets spéciaux comme on essaie de noyer une viande avariée sous une sauce épaisse. Oui, dans ces temps de suites, reboots, spin- off à la pelle avec leurs personnages au kilo, il est donc possible de tendre vers l’épure pour revenir à l’essentiel : une histoire implacable servie par une réalisation au cordeau et une interprétation jamais inutilement spectaculaire.

C’est tout cela qu’a réussi Todd Phillips avec Joker et bien plus encore. L’ouverture de son film donne le la. On y voit Arthur Fleck se maquiller en clown, « métier » qui fait vivoter cet apprenti comédien de stand up en tenant en pleine rue une pancarte pour attirer le chaland. Devant une glace, il met ses mains sur son visage pour y forcer un sourire. Un sourire pour se donner du courage et affronter l’indifférence de la rue et plus encore la violence. Car une bande va décider de s’amuser à ses dépens en lui volant sa pancarte avant de le rouer de coups.

En quelques scènes, tout est dit. Joker sera un grand film sur l’humiliation, sur l’impunité totale dans laquelle se croient les plus puissants face aux plus faibles corvéables et humiliables à merci. Jusqu’à ce que la coupe soit pleine et que la révolte surgisse. Brutale L’action a beau se dérouler dans les années 80, Joker s’inscrit pleinement dans notre époque, celle où peuple et élites (politique, médiatique, économique...) semblent devenus définitivement irréconciliables.

Mais ici aucune jouissance du sang qui gicle, nul jeu morbide avec le spectateur. Quand Fleck/ Joker tue, il n’y a pas de sommation. Cette absence d’effet caractérise la réalisation précise et jamais agitée de Phillips. Après Adam McKay avec The Big short, voici donc un autre golden boy de la comédie américaine s’aventurant dans un registre sérieux, virage entamé avec War dogs. Mais lui va encore plus loin dans la noirceur. Joker se vit sous tension, au gré d’influences scorsesiennes assumées et parfaitement digérées, à commencer par La Valse des Pantins puisque Robert De Niro joue ici un personnage d’animateur de talk show proche de celui de Jerry Lewis qu’il harcelait chez Marty. Un De Niro d’une sobriété exemplaire et parfait complément donc de l’interprétation démente de Joaquin Phoenix. Il faut être un génie insensé du jeu pour interpréter comme lui toutes les nuances de la folie, de la plus intériorisée à la plus flippante. Pour ne jamais bégayer dans son interprétation. On aurait pu croire le rôle usé par les interprétations inoubliables de Jack Nicholson et Heath Ledger. Phoenix réinvente le mythe. (...) un immense film d’auteur populaire. L’un des chocs majeurs de 2019.

Thierry Cheze, Première

Projeté dans le cadre de

Du 1 Juillet 2020 au 18 Août 2020
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Echos… Cet été, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique.