Iniciales S.G. - Serge Gainsbourg

Rania Attieh, Daniel Garcia - Argentine - 2019 - vost - 98' - Couleurs - Numérique

Buenos Aires, 2014. Sergio Garces, acteur d'âge moyen, survit avec des films pornos tout en gardant son rêve de devenir célèbre. Mais il a seulement les mêmes initiales qu'une célébrité: Serge Gainsbourg et on ne lui confie que des rôles de figuration…

Cet anti-héros, au visage inoubliable, ne fait rien pour être sympathique, mais on finit par l'observer avec une immense tendresse.

Critique

Que la chance ne poursuive pas Sergio Garces est une évidence: les tuiles ne cessent de tomber sur cet acteur pourtant promis à une belle carrière. Enfin, c’est ce dont Sergio est persuadé, sûr d’avoir le talent pour percer. Mais que faire lorsque le sort s’acharne sur vous? Le duo Attieh et Garcia nous propose une tragi-comédie enlevée, où l’humour plus que noir accentue une logique absurde. L’anti-héros parfait.

Sergio Garces, dans la cinquantaine, jouant autrefois dans des films «pour adultes», est toujours à la recherche du rôle qui le ferait émerger, et reconnaître, enfin, à sa juste valeur. Il a deux grandes passions. L’une, c’est l’équipe nationale de football à laquelle il s’identifie au point de croire à sa chance lorsqu’elle gagne ou, à l’inverse, tomber en dépression après un match perdu. Son autre passion, c’est Serge Gainsbourg dont il partage les initiales. Il a même enregistré, une fois, un disque avec des chansons de la star française. Mais ce temps est révolu et il court toujours le cachet pour survivre. Il rencontrera par hasard, Jane, une Américaine venue à Buenos Aires pour un marché du film, alors qu’une juge lui impose un suivi psychologique à la suite d’une altercation violente. Car Sergio n’a pas le caractère facile.
 
Sergio Garces est un anti-héros comme on en voit peu et Diego Peretti, en plus de lui prêter sa «gueule» – justement à la Gainsbourg, lui donne une profondeur étonnante au point qu’on finit tout de même par ressentir une certaine tendresse pour ce personnage, tocard parfait, qui ne fait pourtant rien pour se rendre sympathique. C’est que les deux co-réalisateurs, Rania Attieh et Daniel Garcia ne lui font pas la vie facile, enchaînant rebondissements les plus improbables, néanmoins obéissant à une logique toute particulière. Aux côtés de Peretti, Julianne Nicholson campe une Jane ayant une ressemblance certaine avec celle de Gainsbourg. Etrangement, cela ne semble pas frapper le Sergio fan du chanteur français. Enfin, troisième personnage-clé du récit, un narrateur accentue l’ambiance surréaliste des situations auxquelles sont confrontés nos deux héros. Initiales S.G. plonge dans une atmosphère que ne renierait pas le Gainsbourg parisien.
Martial Knaebel