L'ange des maudits

Fritz Lang - Etats-Unis - 1952 - vost - 89' - Couleurs - 35mm

Après le viol et le meurtre de sa fiancée par deux bandits, Vern Haskell décide de la venger. Il découvre que les assassins appartiennent à la bande dirigée par la fière Altar Keane. Pour arriver jusqu’à elle, il gagne la confiance de son amant...

Un western à la fois intime et baroque, porté par une sublime Marlene Dietrich.

Critique

Ce film sublime passa complètement inaperçu à sa sortie. Même les « Cahiers du cinéma », pourtant attentifs à la carrière américaine de Lang, ne lui consacrèrent pas la moindre critique. Dernier des trois westerns de Lang, c'est le seul où le cinéaste intègre complètement les données du genre à son univers intime. Les thèmes langiens de la vengeance, de la violence, de la solitude, des sociétés secrètes trouvent ici une expression à la fois renouvelée et comme exotique, quoiqu'elle s'insère admirablement dans le cadre traditionnel du western. Sur le plan formel, le temps est l'objet d'une utilisation extrêmement variée. Trois sortes de temps existent dans le film le temps du récit proprement dit ; celui - concentré - de la séquence accompagnée par la ballade-leitmotiv du film et résumant la longue recherche d'indices menée par Vern; enfin le temps des trois flash-backs qui recomposent la figure mythique de l'aventurière Altar Keane, un personnage entièrement conditionné par son passé (ce qui vaut aussi pour l'actrice elle-même). Sur le plan du sens, ce temps est néanmoins absolument uniforme, figé, privé de projet et de liberté : c'est le temps de la vengeance et d'un monde réduit aux dimensions d'une obsession et d'une idée fixe. L'espace du film reflète la même dualité. Varié et riche sur le plan formel, somptueux, lourd, flamboyant, presque baroque, c'est aussi un espace fermé, mort, ne débouchant sur rien, sinon sur la répétition cyclique, fatale, sanglante des faits ayant enclenché le récit. (…) Le décor de studio outrageusement artificiel qui marque la frontière entre le monde extérieur et le ranch a fait l'objet de discussions et de polémiques parmi les cinéphiles. Sans doute, Lang, plus libre de ses moyens, aurait-il choisi un décor naturel. Mais, tel quel, ce décor ne fait que renforcer, peut-être d'une manière trop démonstrative, la structure close, asphyxiée de cette histoire « de haine, de meurtre et de vengeance », le caractère d'absolue étanchéité de ce western pessimiste et, jusqu'à un certain degré, expressionniste. Pèse en effet sur les personnages une malédiction plus lourde que celle qui découle du péché originel dans les films d'Hitchcock. Ces personnages. qu'ils soient animés de bonnes ou de mauvaises intentions, se retrouvent tous du même côté de la barrière - le mauvais côté. Au cours de son périple, Vern Haskell ne peut que se détruire et détruire ceux qui l'entourent ; mais il ne peut pas non plus ne pas se venger. Il appartient à une humanité déchue pour laquelle la notion de pardon n'a plus de sens ni même d'existence. Il appartient, comme tous les hommes, à une race maudite. 

 

Jacques Lourcelles, Dictionnaire du Cinéma

Projeté dans le cadre de

Du 9 Septembre 2020 au 8 Octobre 2020
Rétrospective
Certains considèrent Fritz Lang comme l'un des plus grands, un rival, en plus sec, plus direct, d'Alfred Hitchcock. Comme l'Anglais, l'Allemand s'est passionné pour des personnages empêtrés dans des circonstances limites.