Journal Intime

Nanni Moretti - Italie, France - 1993 - vost - 100' - Couleurs - 35mm

Sous l’aspect d’une confession, le journal intime de Nanni Moretti raconte la renaissance d’un cinéaste qui, atteint d’un cancer, revient à la vie (et au cinéma) après quatre ans de soins. Au fil de son Journal intime, Nanni Moretti décrit ici trois «moments» de sa propre vie. Après avoir retrouvé les traces du fantôme de Pasolini, il quitte ensuite son humble bolide pour un voyage en bateau à travers les îles Éoliennes. Il devra bientôt quitter les laves de Stromboli pour écumer les cabinets des médecins...

Critique

Nanni Moretti a réussi le tour de force de se prendre pour sujet et de faire son film le moins égocentrique, le plus universel, le plus partageur possible. Le premier sketch est un pur bonheur : une balade en liberté dans Rome, où Moretti danse sur sa Vespa tout en offrant un apologue sur le cinéma plein de justesse et d'ironie, clos de façon bouleversante à l'endroit où fut assassiné Pasolini. Et pourtant cette première demi-heure, qui prend son temps, ne se saisit totalement qu'à la fin du troisième chapitre, où le cinéaste décrit avec humour sa victoire sur la maladie : c'est le sentiment unique de la guérison qui fait aujourd'hui de lui un « splendide quadragénaire » goûtant la simple joie de boire un grand verre d'eau, de mimer un mambo insolite, de taper dans un ballon de football, de déambuler, libre, dans Rome.

Par son audace et sa liberté narrative, ce vrai-faux journal intime pose tous les problèmes du « pacte autobiographique » et invente un cinéma à la première personne, qui est l'emblème de la résistance au récit trop structuré et trop stérile (hollywoodien, donc). L'usage de la musique est admirable, et l'on referme les pages de ce « cher journal » en comptant un ami de plus : Nanni Moretti, cinéaste moral, quelqu'un de bien.

Aurélien Ferenczi, Télérama

Projeté dans le cadre de

Du 12 février 2020 au 5 Mars 2020
Dès qu’il est apparu, à la fin des années 70, dans ses auto-fictions en forme de comédies sarcastiques, Nanni Moretti (né en 1953) a déchiré la carte du cinéma italien.