La chambre du fils

Nanni Moretti - Italie, France - 2001 - vost - 99' - Couleurs - 35mm
Dans une petite ville du Nord de l'Italie, Giovanni mène une vie paisible, entouré de sa femme, Paola, et de ses deux enfants déjà adolescents : Irene, l'aînée, et Andrea, le cadet.
Giovanni est psychanalyste. Dans son cabinet qui jouxte son appartement, ses patients lui confient leurs névroses, tandis que sa vie privée est réglée par un tissu d'habitudes : lire, écouter de la musique et s'épuiser dans de longues courses à travers la ville.
Un dimanche matin, Giovanni est appelé en urgence par un patient. Il ne peut aller courir avec son fils, comme il le lui avait proposé. Andrea part plonger avec ses amis. Il ne reviendra pas...

Critique

La Chambre du fils débute par une série d’effets de reconnaissance. Mais cette agréable impression de «déjà-vu» camoufle une ambition plus haute, un film à la fois plus simple - d’une simplicité biblique : une famille perd son fils - et plus subtil. Le premier défi consiste à filmer le bonheur familial. Dans cette première partie qui précède l’accident de plongée d’Andrea, Moretti opte pour une linéarité presque lisse. Mais la mort accidentelle du fils ouvre un gouffre. Moretti brise soudain la fluidité du film, et introduit par un effet de montage le devenir de ses personnages : trois solitudes murées dans leur douleur supplantent soudain la famille idéale. (...) 

Qu’inventer pour rendre sensible un temps bloqué sur l’instant de la tragédie et une totale perte de sens ? Athée, le monde de Moretti ne peut en appeler à une quelconque transcendance pour soigner son désarroi ; rationnel, il lui faut composer avec l’aléatoire meurtrier, la part du hasard. Si la famille est détruite, le film l’est aussi, comme arrêté sur l’événement qui le fonde. Et c’est à ce moment-là qu’il devient vraiment admirable. La Chambre du fils a la beauté simple d’un nouveau départ.

Serge Chauvin, Les inrockuptibles

Projeté dans le cadre de

Du 12 février 2020 au 5 Mars 2020
Dès qu’il est apparu, à la fin des années 70, dans ses auto-fictions en forme de comédies sarcastiques, Nanni Moretti (né en 1953) a déchiré la carte du cinéma italien.
Du 22 février 2020 au 23 février 2020
Dans le cadre d’une grande rétrospective consacrée à ce frondeur du cinéma italien, du 12 février au 5 mars, Nanni Moretti nous fait l’honneur d’une visite, le samedi 22 et le dimanche 23 février 2020, pour présenter quelques films et discuter avec le public genevois des particularités