Sciuscià

Vittorio de Sica - Italie - 1946 - vost - 93' - Noir et Blanc - Numérique

Rome en 1945. La guerre est finie. Deux enfants pauvres, Giuseppe et Pasquale, se livrent au marché noir afin de réaliser leur rêve : acheter un cheval. Ils sont arrêtés et envoyés dans une prison pour mineurs où règnent violence et cruauté. Pour épargner le châtiment corporel à son ami, Pasquale…

Critique

Cette histoire d'enfants persécutés et d'amitié brisée est le film qui fonde historiquement, après Ossessione et avec Rome, ville ouverte, le néo-réalisme. Caractéristiques du nouveau mouvement : la volonté de description et de dénonciation sociales, l'utilisation systématique d’extérieurs réels et d’acteurs non professionnels. Pour le reste, il s’agit d’un récit très construit, très dramatisé, où l'intensité dramatique et la densité de l’action ne le cèdent en rien, par exemple, à celles des films de prisons de la Warner. Maintes péripéties évoquent dans le détail ce type de films, plus cruelles encore de mettre en jeu ici de jeunes enfants et des adolescents. C’est comme si la prison suscitait, quels que soient l'âge et la nationalité des prisonniers, la même violence, la même corruption, la même tristesse glacée, caractéristiques d’une humanité coupée du monde. Le scénario, aussi charpenté, sans en avoir l'air, que le sera celui du Voleur de bicyclette, présente, sur le plan dramatique, une série de fausses culpabilités rejaillissant en chaîne les unes sur les autres. (Les enfants n’ont pas voulu participer à la machination qui les mène en prison, l'aîné des deux amis n'a pas trahi son camarade comme celui-ci le croit, etc.). Il vise ainsi à désigner le plus concrètement possible la véritable responsable de ces malentendus tragiques : la misère. Comme le meilleur de l'œuvre de De Sica (Les enfants nous regardent, Le Voleur de bicyclette, Umberto D), le film est centré sur l’idée de culpabilité. Culpabilité de l'adulte envers l'enfant, de celui qui sait envers l’ignorant, du nanti (ne serait-il «nanti» que d'un travail) envers l'exclu. Idée-exprimée avec d’autant plus de conviction intime qu'elle ne veut refléter aucune idéologie. Mais, par sa douceur, par une note très discrète d'inspiration chrétienne (peut-être même franciscaine), le style de De Sica essaie de faire contrepoids à l'atrocité sans mélange des faits évoqués par l'intrigue. On se rappellera aussi que pour De Sica, l’idée de culpabilité est au cœur de l'évolution qui le mena du cinéma des « téléphones blancs » à la création du néo-réalisme. « Nous cherchions à nous libérer du poids de nos fautes, a-t-il déclaré, nous voulions nous regarder en face, et nous dire la vérité, découvrir ce que nous étions réellement, et chercher le salut » (in Pierre Leprohon, «Vittorio De Sica», Seghers, 1966).

Jacques Lourcelles

Projeté dans le cadre de

Du 18 Décembre 2019 au 16 Janvier 2020
Vittorio De Sica (1901-1974) est sans doute l'un des plus grands noms du cinéma italien. Dès le début des années 30 et sa collaboration comme acteur avec le cinéaste Mario Camerini, Vittorio De Sica prend déjà une place importante dans le cinéma de son pays. Au début des années 40, il p