Echo

Rúnar Rúnarsson - Islande - 2019 - vost - 79' - Couleurs - Numérique

Au travers de cinquante-six scènes indépendantes, Echo dresse un portrait, à la fois mordant et tendre, de l'Islande d'aujourd'hui pendant la période souvent turbulente mais aussi exaltante des fêtes de fin d'année.

Critique

«La période de Noël amplifie nos émotions», constate Rúnar Rúnarsson. Au cinéma, elle inspire surtout des comédies romantiques – le prototypique Last Christmas perpétue la tradition en 2019. Le troisième long métrage du cinéaste islandais couvre un plus large spectre de sentiments. Et réunit davantage de personnages que n’importe quel film choral: en septante-neuf minutes, Echo fait résonner cinquante-six séquences sans lien direct, hormis le contexte des fêtes de fin d’année en Islande. Autant de plans fixes, fictionnels ou documentaires.

Humour noir et sourde inquiétude imprègnent ces saynètes tragicomiques, absurdes ou cruelles, amusantes ou déprimantes, prosaïques ou surréalistes. Certaines durent à peine quelques secondes; muettes, comme des haïkus en images, elles capturent des instants suspendus. La plupart ne dépassent pas deux ou trois minutes, où le réalisateur installe en un plan-séquence une atmosphère, une situation et ses protagonistes. Prémices sans lendemain, micro-récit embryonnaire, chacune de ces scènes renferme la promesse d’un long métrage. Proche de 71 Fragments d’une chronologie du hasard de Michael Haneke, par la forme et l’esprit, Echo s’affranchit du film à sketches.

Dépouillé de tout exotisme, le décor islandais acquiert ici une valeur universelle. Ces tranches de vie composent un état des lieux de notre époque anxiogène, un kaléidoscope de la civilisation occidentale, individualiste et libérale: consumérisme à outrance, injustices sociales, violences ordinaires, incommunicabilité et déshumanisation dans un monde hyperconnecté, etc. Le tout sans message univoque ou prémâché. Le sentiment qui domine reste toutefois une profonde solitude, que la brièveté des scènes préserve du pathos. Parfois ironique, jamais cynique, le regard de Rúnarsson s’avère surtout empathique.

MATHIEU LOEWER, Le Courrier