La Vengeance est à moi

Shôhei Imamura - Japon - 1979 - vost - 140' - Couleurs - Numérique
Chroniques de la vie d'Iwao Enokizu, un voleur meurtrier en fuite.

Critique

Grand Prix du Festival Presse et Cinéma de Strasbourg 1961, A sa sortie de prison, Enoziku, un jeune escroc commet une série de meurtres, se réfugie dans une auberge et devient l'amant de la patronne. est bientôt arrêté par la police... À l'opposé de nombreux films dont la vision de la société japonaise tient du fantasme esthétique, La Vengeance est à moi propose une mise en lumière extrêmement crue. Car c'est ici l'envers du décor qui prédomine. Le personnage principal est d'un cynisme à toute épreuve et les grands sentiments sont entièrement absents du film. Le réalisateur n'essaie pas le moins du monde d'offrir une explication rationnelle au comportement d'Iwao, pas plus que cela n'intéresse le meurtrier de se justifier. On se contente ici de montrer sans démontrer, par une approche béhavioriste du personnage, en ajoutant en surimpression sur l'image les différentes dates, les étapes marquantes de sa vie, ce qui ajoute au côté réaliste du film. De même, la violence est clinique, non idéalisée. Les meurtres nous sont montrés comme autant d'épreuves physiques (on pense à Hitchcock). Mais peut-être s'agit-il aussi de faire preuve d'un humour glacé, dont la manifestation la plus patente se situe dans la scène où lwao garde un cadavre dans son placard (au sens propre du terme. (...) La Vengeance est à moi confirme l'intérêt du réalisateur pour les faits divers (cf. La Femme insecte) et les comportements pathologiques (cf. Désir meurtrier). À chaque fois le fait divers révèle les failles d'une société figée dont le réalisateur dénonce les tabous et les archaïsmes. Peu étonnant dès lors qu'il s'intéresse en priorité aux marginaux. C'est pour mieux désacraliser un monde absurde qu'il décrit avec une précision d'entomologiste. Ce «jeune homme en colère» nippon est bien un auteur. 

Yves Alion, La Revue du Cinéma

Projeté dans le cadre de

Du 23 Octobre 2019 au 15 Novembre 2019
Shôhei Imamura (1926-2006) est l’un des rares cinéastes, et le seul Japonais, à avoir obtenu deux palmes d’or au festival de Cannes.