Deux ans après

Agnès Varda - France - 2002 - vofr - 64' - Couleurs - Numérique

Si beaucoup de documentaires autour d’un film proposent, pour notre plus grand plaisir ou pour notre information, des images d’avant le film, préparation, essais des acteurs, repérages, images de tournage ou anecdotes de production, ce qu’en jargon franglais on nomme “making of” nous avons choisi de “raconter l’après-film”, c’est ce qui est arrivé après la sortie du film Les Glaneurs et la Glaneuse. Ce que sont devenus ceux rencontrés et filmés en 2000 et les effets du film sur eux ou sur d’autres. Les courriers reçus par Agnès et comment elle a réagi. Les nouvelles rencontres dont des glaneurs originaux, devenant la deuxième partie du premier film. Et, encore, des patates cœur.

 

Critique

Le cinéma pour Agnès Varda, c'est moins un art qu'une pratique, moins des films (objets clos recourbés sur eux-mêmes) que des fils, qu'en Pénélope elle remet toujours sur le métier. Deux ans après est donc la reprise des Glaneurs et la Glaneuse, le documentaire qui lui a valu son plus beau succès depuis une quinzaine d'années. Agnès Varda retrouve les gens qui peuplaient son précédent long métrage, prend de leurs nouvelles, fait le point sur ce que le film a changé dans leur vie. Certains font le détail de ce qu'ils aiment ou pas dans Les Glaneurs... (comme ce garçon qui ne supporte pas les plans de la cinéaste sur ses mains « Vous montrez votre vieillesse, ça nous intéresse pas. ». Varda retourne voir le psychanalyste Jean Laplanche, parce qu'elle ne lui avait parlé que de son activité de viticulteur en « oubliant » la psychanalyse comme glanage. L'arpenteuse revient sur ses pas et ramasse ce qu'elle avait raté à son premier passage. L'activité critique aussi est un truc de glaneurs, on ramasse des images que les cinéastes ont laissé échapper. C'est ce qu'a fait Philippe Piazzo d'Aden, en rapprochant les plans de mains des Glaneurs de ceux de Demy dans Jacquot de Nantes. Cela paraissait évident mais Varda n'y avait pas pensé. Elle raconte comment après cet entretien, elle a sangloté. Deux ans après est un appendice précieux au précédent film, qui, loin de le compléter, l'ouvre. On pourrait imaginer, pour chaque film, une infinité de paratextes, qui viendraient chaque année s'ajouter et suivraient le devenir des gens qui l'ont peuplé. Ce serait de la télé idéale. C'est la quintessence du cinéma d'Agnès Varda, qui désacralise le geste de faire un film.

Jean-Marc Lalanne, Les Cahiers du Cinémas, 2002

Projeté dans le cadre de

Du 11 Septembre 2019 au 10 Octobre 2019
Partie cette année à l’âge de 90 ans, Agnès Varda est unique.