Jeanne

Bruno Dumont - France - 2019 - vofr - 137' - Couleurs - Numérique

Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subsista première défaite.
Emprisonnée à Compiègne par les Bourguignons, elle est livrée aux Anglais. S’ouvre alors son procès à Ouen, mené par Pierre Cauchon qui cherche à lui ôter toute crédibilité. Fidèle à sa mission et refusant de reconnaître les accusations de sorcellerie diligentées contre elle, Jeanne est condamnée au bûcher pour hérésie.

Critique

Jeanne est la suite de Jeannette et les deux films forment une adaptation d’une pièce de Charles Péguy. Pourquoi vous emparer de Jeanne d’Arc à travers cet écrivain ?

Si Jeannette était un film “ chantant ”, telle une comédie musicale, Jeanne est cette fois un film d’action, psychologique, dialogué, parce que porté aux débats des Batailles et au suspens d’un Procès. Charles Péguy est un auteur que j’ai découvert assez récemment et j’ai été très impressionné par son écriture, notamment, son chant, sa musicalité. Lorsque j’ai commencé à avoir l’idée de réaliser un film musical, je cherchais un texte réellement propice, aussi je me suis rapproché naturellement de lui et de sa pièce de théâtre Jeanne d’Arc comme d’un livret. Mon film précédent, Jeannette, racontait l’enfance de Jeanne et était l’adaptation de la première partie de la pièce, qui s’appelle Domrémy. Jeanne en est la suite et adapte les deux autres parties : les Batailles et Rouen. La difficulté littéraire que l’on peut attribuer parfois à Péguy ne me faisait plus peur parce que l’adaptation cinématographique et musicale apportée me permettait alors d’y remédier et d’établir un équilibre inédit : si ce que dit Péguy est parfois fort profond, obscur, c’est ici contrebalancé par la cinématographie des actions, les chansons et la musique qui donnent au tout un accès simple, facile, comme léger et non diminué de ses forces. Péguy a écrit un texte pointu, dans le domaine des idées, et très lyrique dans la forme, qui avec une telle cinématographie, pouvait alors être préservé tel quel, sans renoncement, ni faux-semblants, c’est-à-dire comme gardant pour ainsi dire tout autant la fleur de la rose que ses épines. Avec Jeanne, j’ai voulu prolonger cette ambition et cet équilibre-là, celui de toute chose, la ligature naturelle de la douceur et de l’ardeur, c’est à dire sans falsifier, sans évaporer, ni céder aux trompettes de la vulgarisation. Puis, au-delà du poète, je me suis aussi beaucoup intéressé au philosophe, à la pensée de Péguy. Au-delà du plaisir littéraire, il y a une puissance intellectuelle, une pensée très nouvelle ; notamment une compréhension assez fulgurante de notre modernité. Derrière la simpli cité de l’histoire de Jeanne repose quelque chose d’essentiel et de vrai, sans que cela soit intellectuel ou cérébral, car avec Péguy le fond occupe la surface, et même si la surface est simple elle est toujours l’expression naturelle de sa profondeur. Jeanne d’Arc est l’expression, la poussée même de cette pensée.

Entretien avec Bruno Dumont extrait du Dossier de presse

Projeté dans le cadre de

6 Septembre 2019
Avant-premiere de Jeanne
Jeanne est la suite de Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc – interprété par la même comédienne - présenté à Cannes en 2017, à la Quinzaine des Réalisateurs. On est en 1429, en pleine de Guerre de Cent ans, l’héroïne a déjà délivré la ville d'Orléans.