El Reino

Rodrigo Sorogoyen - Espagne - 2018 - vost - 132' - Couleurs - Numérique

Manuel López Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal.

Critique

La voilà, la bonne claque du mois (…) Une plongée suffocante dans le marigot des politiciens espagnols corrompus, un Baron noir puissance 10 qui a remporté sept Goya (l’équivalent de nos César). Précisons que la péninsule ibérique est encore traumatisée des procès qui se sont enchaînés ces dernières années, impliquant plusieurs partis dans des affaires de détournements, de fraudes, d’enrichissement…

Mais là où le film de Rodrigo Sorogoyen fait merveille, c’est qu’il ne s’encombre pas de décortiquer les fastidieux processus de corruption. Peu importe en fait. El Reino (« Le Royaume » en espagnol) se concentre en revanche sur un personnage que la caméra, portée le plus souvent à l’épaule, ne va pas lâcher pendant plus de deux heures, enivrée par une bande-son électro entêtante. 

Manuel López-Vidal, cadre régional d’un grand parti (impressionnant Antonio de la Torre, aux faux airs de Dustin Hoffman), est acculé. Tel un animal sauvage blessé mais loin d’être moribond, il va se débattre comme un fou dans le piège qui se referme, tentant par tous les moyens, souvent illégaux et maladroits, parfois dramatiquement burlesques, de faire tomber les autres barons impliqués et qui le lâchent. Chez ces gens-là, on se croit à l’abri de tout, mais pour Manuel, impensable d’être le seul à payer. On observe avec sidération l’orgueil démesuré des potentats locaux ou nationaux. Une remise en cause ? Vous n’y pensez pas. C’est là le cœur du propos.

La chronique politique haletante bifurque même vers le véritable thriller paranoïaque dans un dernier chapitre qui laisse pantois par sa maîtrise formelle et son enveloppe sensorielle. Une apnée glaçante.

Christophe Caron, La Voix du Nord

 

« (...) Nous voulions que le spectateur accompagne ce politicien corrompu dans ses péripéties. Le film ne raconterait pas comment des agents de la force publique ou des journalistes intègres dévoilent un réseau de corruption, mais l'histoire d'un homme qui a volé le contribuable pendant des années et est découvert. Sauf qu’au lieu d’assumer sa faute et accepter sa culpabilité, il s’oppose à tout et à tous pour ne pas finir en prison. Nous ne voulions pas juger ce politicien corrompu, nous souhaitions nous demander : "Pourquoi ?" Pourquoi agit-il ainsi, et surtout pourquoi, une fois qu’il est découvert, au lieu de demander pardon et accepter sa condamnation, dans la majeure partie des cas, il préfère mentir jusqu’à l’épuisement de ses arguments ? Voilà pourquoi nous avons choisi de faire de Manuel López-Vidal le personnage principal du scénario. Et nous nous sommes fixés une règle : tout serait raconté à travers son regard. »

Extrait des notes de Rodrigo Sorogoyen