L'Homme à la moto

Agustín Toscano - Argentine, Uruguay - 2018 - vost - 93' - Couleurs - Numérique

Miguel, un voleur à moto, arrache le sac à main d’une vieille femme et la blesse grièvement. Incapable d’oublier sa victime, le jeune homme cherche alors un moyen de soulager sa culpabilité...

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2018 

 

Critique

Le film s’inspire d’un événement qui s’est produit il y a plus de dix ans : deux motards ont trainé ma mère sur plusieurs centaines de mètres en essayant de lui dérober son portefeuille. À partir de ce souvenir, j’ai développé une intrigue imaginaire que j’ai mis du temps à élaborer. J’ai eu l’idée d’un voleur qui regrettait son geste et, à partir de là, j’ai écrit l’histoire d’un homme tourmenté par la culpabilité. C’est le parcours d’un homme poursuivi par son ombre et par sa conscience. Mais c’est au cours des quatre dernières années que j’ai eu le sentiment que ce sujet avait pris une force indiscutable. En effet, le “sentiment d’insécurité” est l’une des questions qui agitent le plus la société argentine à l’heure actuelle – il s’agit presque d’une affaire d’État. À Tucumán, dans ma province, les “motochorros” – voleurs à l’arraché – étaient au centre des conversations et incarnaient le mal absolu. Les affaires de vols à l’arraché se multipliaient et les gens réagissaient en réclamant des “lynchages”, souhaitant se faire justice eux-mêmes. Ces lynchages sont devenus aussi banals que ces explosions de violence. Cette lutte fratricide, douloureuse et brutale, entre des gens issus de la même classe sociale m’a poussé à écrire une comédie dramatique sur deux personnages qui tentent de donner du sens à leur vie. Une histoire dont le point de vue interroge et transcende les limites de nos préjugés, le jugement par la société, le “deux poids-deux mesures”, et la vraie nature des victimes et de leurs agresseurs. 

Notes d'intention d’Agustín Toscano

(...) Tout le talent du réalisateur est de maintenir l’ambiguïté sur les intentions des uns et des autres et d’installer une forme de suspense dans ce jeu de rôles où, au fond, chacun trouve son intérêt. Dans cette zone de non-droit créée par la pauvreté et une opportune grève de la police, tout semble permis à ses habitants pour relever la tête. Sur cette trame de comédie sociale, Agustín Toscano bâtit un thriller soigné et haletant, sélectionné l’année dernière à La Quinzaine des réalisateurs à Cannes, qui doit beaucoup à Sergio Prina interprète subtil d’un Miguel à la fois tendre et trouble.

Céline Rouden, La Croix