Asako I & II

Ryusuke Hamaguchi - Japon - 2018 - vost - 119' - Couleurs

Lorsque son premier grand amour disparaît, Asako est désemparée. Deux ans plus tard, elle rencontre son double parfait. Troublée par cette étrange ressemblance, elle se laisse séduire mais découvre peu à peu un jeune homme avec une toute autre personnalité...

Critique

(...) Reste un film d’une richesse et d’une sensibilité rares, récit d’initiation amoureuse qui ne passerait pas tant par les ponts aux ânes de la psychologie que par les souterrains de l’inconscient et du merveilleux. A la question simple de savoir ce qu’est cette chose compliquée qu’est l’amour, le film répond sur plusieurs terrains à la fois.

Celui de la construction narrative, qui privilégie entre deux points le foudroiement du court-circuit. Celui de la psychanalyse, qui fait succéder à l’aveuglement fantasmatique de la rencontre initiale la réplique ternie d’un réel avec lequel on doit s’accommoder. Celui de la géologie, avec en toile de fond cette menace sismique permanente qui précarise l’ordonnancement architectural et social du paysage nippon. Celui de la philosophie enfin, qui fait de ce film une duplication sentimentale de L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935), de Walter Benjamin. Y analysant notamment le cinéma, le philosophe allemand montrait dans ce texte célèbre que celui-ci, par excellence, détruisait l’« aura » de l’œuvre d’art en même temps qu’il la rendait paradoxalement sensible à la conscience. L’histoire même de la jeune Asako, dont la dernière phrase de dialogue, si belle et si cruelle à la fois, se plante en nous tel l’étendard déchiré de la modernité cinématographique.

Jacques Mandelbaum, Le Monde