Les Inconnus dans la maison

Henri Decoin - France - 1942 - vofr - 92' - Noir et Blanc - Numérique

Loursat, avocat, vit avec sa fille Nicole dans une sinistre et vaste demeure bourgeoise. Abandonné par sa femme, le brillant avocat a sombré dans l'acoolisme et ses rapports avec sa fille sont pour ainsi dire inexistants. Or, un jour le cadavre d'un inconnu est découvert dans la demeure de Loursat. Nicole, qui fréquente une bande de jeunes gens qui trompent l'ennui en dérobant des voitures et autres objets est tout de suite soupconnée…

Critique

Les Inconnus dans la maison, sur un scénario de Clouzot, d’après un roman de Simenon marque un tournant dans l'œuvre d'Henri Decoin. Le réalisateur de Premier rendez-vous y aborde avec Raimu l’étude psychologique, comme il le fera quelques années plus tard avec Danielle Darrieux dans La Vérité sur Bébé Donge.

Raimu, qui devait disparaître quatre ans plus tard y réussit une magistrale création, et son interprétation constitue l’intérêt majeur de l’œuvre. Ce personnage puissant et désespéré, cet avocat déchu, sombré dans l’alcoolisme, est en réalité un aristocrate, dont le mépris solitaire tranche sur la médiocrité égoïste de cette petite bourgeoisie de province. Ses accents douloureux et le courage brutal de son attitude lors du procès, sont ceux d'un homme blessé qui, après avoir été écœuré par la veulerie de ce milieu, accepte à nouveau de croire en la seule valeur du monde : l’amour. Et à travers le couple formé par sa propre fille et un garçon sorti du peuple, il défendra cette valeur.

(...) Les Inconnus dans la maison est avant tout un film qui pose le problème de la jeunesse. A ce titre il constitue un Avant le déluge avant la lettre. A la jeunesse assoiffée de vie s'oppose le monde adulte enfermé dans son hypocrisie. Entre les deux, l’avocat qui a proféré la démission au compromis - ou à la lutte - et qui noie son écoeurement dans l’alcool.

Au drame de la jeunesse aux prises avec la vie, Decoin, par l'intermédiaire de Raimu, apporte une réponse positive. Et la générosité qui se dégage de l’ensemble fait beaucoup pardonner à ce film un peu lourd mais, à tout prendre, plus vrai et plus humain que celui de Cayatte.

 

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi