Premier rendez-vous

Henri Decoin - France - 1941 - vofr - 105' - Noir et Blanc - Numérique

Depuis son orphelinat, Micheline entretient une correspondance avec un homme en qui elle croit voir son Prince Charmant. Quelle n'est pas sa surprise, lors du premier rendez-vous, de voir arriver un vieux monsieur. Mais celui-ci est-il bien l'auteur des lettres ?

Critique

Henri Decoin était un artisan habile, qui s'est essayé à des genres très divers. Il a adapté avec bonheur Simenon, dans la Vérité sur Bébé Donge, l'Homme de Londres et les Inconnus dans la maison (interdit un moment à la Libération pour certaines résonances antisémites). On lui doit aussi quelques polars réalisés avec la décontraction nécessaire comme Entre onze heures et minuit ou Razzia sur la chnouff. Et les Amants du pont Saint-Jean, un film inclassable et superbe, redécouvert avec enthousiasme, il y a quelques années, par Bertrand Tavernier. Decoin est aussi connu pour avoir dirigé Danielle Darrieux (notamment dans la Vérité sur Bebé Donge déjà cité) dans huit films entre 1937 et 1955. Parmi ceux-ci, il est des petites merveilles comme Battements de coeur (1939). Et ce Premier Rendez-Vous qui date de 1941.

A l'époque, la France occupée attendait avec anxiété le retour à l'écran de ses stars. Et Danielle Darrieux était la plus attendue. Decoin lui fit revêtir l'uniforme d'une orpheline qui, rêvant du grand amour, correspond avec un inconnu. Puis décide de le rencontrer. Las! Loin du prince charmant, c'est un professeur entre deux âges, vaincu par la vie ­ joué impeccablement par Fernand Ledoux ­ qui l'aborde. Mais en ayant soin de se faire passer non pour le signataire des missives mais pour son représentant. Il emmène Danielle Darrieux chez lui, dans son petit pavillon. De péripéties en rebondissements (avec l'intervention des élèves du collège parmi lesquels on peut reconnaître Daniel Gélin et Georges Marchal très jeunes), la relation entre l'homme mûr, presque blet, et la toute jeune fille passera de scabreuse à quasi familiale. Et un jeune homme (Louis Jourdan) apparaîtra...

Le film, produit par la Continental, société à capitaux allemands, devint le premier succès de l'Occupation. Quand il vit ce film, l'écrivain Jacques Audiberti ne put retenir son enthousiasme, «Premier Rendez-Vous est un chef-d'oeuvre», s'exclama-t-il dans la revue Comoedia (1). Et il ajouta: «Ce film efface et recouvre ces mélos essoufflés, ces inutilisables comédies que nous avons, de compagnie, maigrement applaudis ces dernières semaines... Sous un titre fluet, Henri Decoin nous donne une histoire qui n'a de vedette qu'elle-même.» Ce qui à l'époque, alors que Darrieux était la reine incontestable des coeurs, était un tour de force. Et donc, sous la plume de Jacques d'Antibes, un compliment.

(1) Jacques Audiberti, le Mur du fond, édition des Cahiers du Cinéma.

Edouard Waintrop, Libération

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi