Goupi mains rouges

Jacques Becker - France - 1943 - vofr - 104' - Noir et Blanc - Numérique

Le père Goupi fait revenir son fils de Paris, censé être devenu un homme important et y avoir acquis une bonne situation, avec l'intention de le marier à sa cousine. Mais la jalousie de « Tonkin », un autre de ses cousins, face à ce nouveau venu citadin, fera de la nuit de son arrivée une nuit d'agitation et de crimes inexpliqués qui sèmeront la panique et le doute au sein de la famille…

Critique

On est frappé par la modernité de ce film sorti sous l'Occupation, le deuxième de Jacques Becker après Dernier Atout — deux oeuvres qu'il put tourner en échappant au stalag après avoir simulé des crises d'épilepsie. Aucune coquetterie champêtre dans la mise en scène, aucun cabotinage « rustique » dans ce drôle de drame paysan. Becker enferme les membres d'une famille particulièrement âpre dans des plans virtuoses et décortique leurs moeurs et leurs bizarreries. La cupidité, voilà le nerf de la guerre. Avec ses corollaires : la méfiance, l'autarcie. Jusqu'à ce que la tragédie l'emporte, portée à elle seule par un Robert Le Vigan halluciné, hallucinant. A travers les Goupi, leur obsession du travail et de la famille, leur hypocrisie, ce sont les valeurs de Vichy que le jeune et grand cinéaste stigmatisait, mais avec suffisamment de finesse — et un petit discours final apaisant — pour éviter la censure. Et qui est le plus malin du film, qui découvre à la fois le coupable et la cachette du magot ? Mains rouges, le marginal, l'« artiste de la famille »...

Guillemette Odicino

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi