Lumière d'été

Jean Grémillon - France - 1943 - vost - 112' - Noir et Blanc - 35mm

Cri-Cri, ancienne danseuse de l'Opéra, dirige une auberge en Haute-Provence. Elle s'est fixée là parce qu'elle est courtisée par le châtelain Patrice Le Verdier, un aristocrate égoïste et débauché. Une jeune fille, Michèle Lagarde, arrive à l'auberge pour y attendre son amant Roland Maillard, un peintre raté. Patrice s'éprend de Michèle et attise la jalousie de Cri-Cri…

Séance du vendredi 12 avril à 18h30 présentée par Geneviève Sellier.
Les deux séances seront gratuites. 

La copie 35 mm nous a gracieusement été prêtée par l'Institut Français, par l’intermédiaire de l’ambassade de France en Suisse  

Critique

Réalisé sous l’Occupation mais tourné aux studios de la Victorine de Nice, dans les Alpes-de-Haute-Provence et en Corrèze, Lumière d’été est la seconde collaboration de Jean Grémillon avec Jacques Prévert, qui avait écrit le scénario et les dialogues de Remorques. Le cinéaste dirige pour la troisième fois Madeleine Renaud, son actrice fétiche, qui allait incarner un an plus tard l’héroïne du Ciel est à vous. On retrouve dans Lumière d’été le pessimisme romantique du cinéaste, qu’il n’a cessé de développer, de Gueule d’amour à L’amour d’une femme. La noirceur de ce récit sentimental se manifeste d’abord avec la destinée des deux personnages féminins. Christiane (Madeleine Renaud), la propriétaire de l’auberge qui abrite les protagonistes, voit sa jeunesse s’étioler, et brûle son énergie dans une passion sans issue. Plus jeune et plus modeste, Michèle (Madeleine Robinson) mène une vie bohème et ne croit plus en l’amour qu’elle éprouve pour l’artiste pathétique et fauché qui partage sa vie. Si les deux femmes ont pour point commun une farouche détermination aussi manifeste que leur aveuglement, les trois hommes qui gravitent autour d’elles ne sont pas présentés sous un joug flatteur. Au cynisme bourgeois de Roland (Paul Bernard) répondent l’alcoolisme du loser désenchanté (Pierre Brasseur) et la maladresse touchante du jeune premier (Georges Marchal). Ce théâtre des sentiments culmine dans une mémorable séquence de bal costumé qui verra paradoxalement les masques tomber.
À ces jeux de l’amour et des manipulations Grémillon ajoute une implacable peinture des conflits de classe, et au mode de vie du châtelain nanti le cinéaste oppose la franche modestie des ouvriers interprétés par les pittoresques Aimos et Blavette. L’épure du matériau dramatique est tempérée par l’écriture davantage expressive de Prévert, à qui l’on doit en outre de valoriser de réjouissantes figures secondaires, comme le couple excentrique formé par Marcel Levesque et Jane Marken ou le barman farfelu campé par Léonce Corne. Ces digressions n’entachent en rien le ton mélancolique du récit qui est la marque du réalisateur. Mais c’est surtout par son style singulier que Lumière d’été est fidèle à l’art de Grémillon et se distingue de la production française de l’époque. Dans la tradition naturaliste du cinéma français (Renoir, Pagnol), l’auteur multiplie les scènes en décor naturel, utilisant sans fioritures le cadre montagneux et rocailleux des lieux du tournage. Il mêle cet aspect à une approche documentaire, filmant la construction du barrage ou les explosions à la dynamite avec la même rigueur déployée dans les scènes maritimes de Remorques ou L’amour d’une femme. Mal reçue par le public de l’époque, cette œuvre touchante dont on retrouve un écho dans le récent Grand Central conforta le statut de cinéaste maudit de Jean Grémillon, artiste important qui reste encore trop méconnu.(…)

Gérard Crespo

Projeté dans le cadre de

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