The Kindergarten Teacher

Sara Colangelo - Etats-Unis - 2018 - vost - 97' - Couleurs - Numérique

Lisa enseigne dans une école maternelle new-yorkaise. Quand Jimmy Roy, un élève de 5 ans, s’avère doué d’un don extraordinaire, elle décide de se lancer dans une aventure qui va bouleverser une vie bien réglée mais sans relief…

Critique

Passionnée par son travail d’institutrice dans un jardin d’enfants, Lisa (Maggie Gyllenhaal) enseigne de toutes les manières possibles : l’écriture, le sens des mots, le chant, la danse, la peinture. Elle s’est donnée pour mission d’éveiller l’âme des enfants à la culture et à l’art. Ultrasensible, elle se sent souvent en décalage avec le monde qu’elle trouve de plus en plus rempli de gens stupides. Pour elle, c’est même un drame personnel de voir le quotient intellectuel des individus de la société diminuer de la sorte. Avec une certaine prétention, elle pense sans doute qu’elle peut permettre par son action d’éviter cette chute intellectuelle et culturelle. Même ses enfants adolescents sont une source de déception : plus intéressés par le sport et les potes, ils ne lisent plus, ne vont plus dans les musées et ne sont plus curieux comme elle-même l’est toujours.

Car elle éprouve toujours le besoin de découvrir et de ressentir, et continue d’ailleurs à se former à l’Université en suivant des cours de poésie. Ce qui lui permet d’exprimer sa sensibilité car ces cours lui donnent la possibilité de lire en public de façon assez impudique des poèmes personnels, qui font appel à l’intime, à l’âme, au cœur de l’être humain et à la beauté.

Aussi quand elle détecte chez le jeune Jamie (Parker Sevak) un talent à composer des poèmes qu’elle juge extraordinaires, c’est comme si elle se réveillait d’un lourd et long sommeil, noyée sous les rituels routiniers de sa vie sans âme. Le petit Jamie lui redonne goût à la vie, rallumant par procuration sa propre flamme intérieure. La force de The Kindergarten Teacher, inspiré d’un film israélien, est de montrer subtilement Lisa perdant peu à peu son jugement objectif et basculant dans l’irraisonnable. Elle veut à tout prix que le don du petit garçon soit reconnu, en dépit du refus du père.

La caméra s’attache au pas de Lisa sans la juger, mais interroge sur les limites que doivent se fixer mutuellement enseignants et parents, sans se substituer les uns aux autres. On a tous eu des professeurs qui tirent leurs élèves vers le haut car ils voient leur potentiel, leurs talents et leurs dons, voire leur surdouement, comme dans Will Hunting. Ce sont des passeurs, qui ne sont pas nécessairement doués eux-mêmes. Lisa n’est pas dupe d’elle-même, elle sait pertinemment qu’elle n’est pas une artiste.

La réalisatrice Sara Colangelo parvient à embarquer le spectateur empathique sur de fausses pistes, pour le perdre et le faire douter. Car la relation spéciale que Lisa installe avec le petit garçon de 5 ans prend une forme de dépendance parfois malsaine. Les décisions qu’elle prend, tout en pensant agir pour le mieux et préserver sa sensibilité, mettent aussi Jamie en danger, ce qui rappelle par certains côtés le père avec ses enfants de Captain Fantastic. Mais la chute du film en vaut la peine car elle est la preuve aux yeux de tous de l’intelligence et de l’ultrasensibilité effectives du petit garçon.

Le casting est parfait, avec Maggie Gyllenhaal fascinante de justesse et de vérité et le petit acteur extraordinaire ! Malgré le cliché des vêtements vieillots dont est affublée Lisa, censés symboliser l’institutrice plus intéressée par l’esprit que par l’image qu’elle renvoie, The Kindergarten Teacher est une bouleversante parenthèse dans la vie d’une femme à la croisée des chemins.

Sylvie Noëlle