L'Assassinat du Père-Noël

Christian-Jaque - France - 1941 - vofr - 105' - Noir et Blanc - Numérique

Le soir du 24 décembre, dans un petit village de Savoie enfoui sous la neige, le bon père Cornusse, fabricant de globes terrestres, s'apprête à jouer comme chaque année le rôle du Père Noël, tandis que Catherine, sa fille, rêve d'un prince charmant en cousant des robes de poupées. Le mystérieux retour au château du baron Roland alimente quant à lui bien des conversations. Puis, un homme en habit de Père Noël est retrouvé mort…

Critique

On avoue une grande tendresse pour cette œuvre hybride, qui tient de la féerie, du policier, du conte et de la comédie. C’est bien un film étrange que cette première réalisation de la Continental, sortie en 1941, dans un moment où il fallait ne pas évoquer le contexte contemporain et distraire un public avide d’évasion : on y croise un Père Noël alcoolique et affabulateur, une folle qui court après son chat, un baron solitaire à la main gantée, et tout un petit peuple étrange emprisonné par une neige épaisse. L’intrigue, comme désamorcée par le nombre de personnages, tourne autour d’un vol et d’un meurtre qu’aucun suspens ne vient appuyer. Car ce qui intéresse le scénariste, c’est la description d’un monde clos sur lui-même, un monde ancien et sclérosé mais haut en couleurs ; du point de vue de l’époque, on est sur une image de la France éternelle, celle des villages, avec curé et instituteur anticlérical, celle des bonnes gens, de la noblesse encore présente. Christian-Jaque a visé un film d’atmosphère : il excelle à filmer l’intérieur du château ou le clocher, comme les extérieurs enneigés ; sa caméra mobile virevolte dans les séquences de groupes et quelques fantaisies, dont la main qui vient boucher le champ, ajoutent à la bizarrerie. Mais c’est surtout le travail de la lumière qui crée un climat étrange, dès le générique avec un Père Noël qui avance au ralenti dans un halo inexplicable.
Certes, tout n’est pas réussi : le duo de jeunes premiers est bien fade et leur diction a vieilli. Mais le reste de la distribution est un régal : entre Harry Baur, corps monumental fabriquant des globes terrestres, Le Vigan et sa démesure ici contenue, Fernand Ledoux ou Jean Paradès, c’est tout un pan du cinéma français qui donne sa cohérence au film et, faut-il le dire, nous ravit. On retombe en enfance, séduit par une naïveté d’un autre temps, emporté par des mystères épais et par l’infinie tendresse qui se dégage de cette humanité imparfaite mais touchée par la grâce.

François Bonini

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi