Douce

Claude Autant-Lara - France - 1943 - vofr - 104' - Noir et Blanc - 35mm

Dans l'aristocratique hôtel de Bonafé à Paris, on prépare les fêtes de Noël. Madame de Bonafé, douairière autoritaire, Engelbert, son fils soumis, et Douce, la jeune fille de la maison, vivent sous le même toit sans soupçonner les passions qui les consument. Douce est amoureuse du régisseur…

Samedi 13 avril à 16h30 présentée par Delphine Chedaleux

Critique

Adaptation d’un roman de Michel Davet, pseudonyme de l’écrivaine Hélène Marty, Douce marque une étape importante dans la collaboration entre Autant-Lara et le duo formé par le scénariste Jean Aurenche et le dialoguiste Pierre Bost. Après Le Mariage de Chiffon et Lettres d’amour, le cinéaste dirige à nouveau Odette Joyeux qui joue avec délicatesse le rôle de Douce, la jeune fille de bonne famille dont les sentiments amoureux vont contribuer à déstabiliser l’existence de son entourage. Plus que dans les deux films antérieurs, Douce est un brûlot contre l’ordre social et les hypocrisies des classes supérieures, incarnées ici par la comtesse de Bonafé (prodigieuse Marguerite Moreno), grand-mère odieuse et autoritaire dont il faudra attendre le dénouement pour déceler une pointe d’humanité. L’œuvre est restée à ce titre célèbre pour la scène de la visite annuelle à « ses » pauvres, dans laquelle la comtesse humilie un couple de petits vieux non sans leur souhaiter « patience et résignation ». Les classes moyennes ne sont guère mieux traitées par la douairière, et ce n’est pas pour rien que Fabien (Roger Pigaut) souhaitera « impatience et révolte » à Irène (Madeleine Robinson), de qui il est épris et avec laquelle il souhaite s’enfuir, une réplique qui sera supprimée par la censure de Vichy... Car sous couvert de décrire les mesquineries d’une noblesse parisienne en déperdition en cette fin de XIXe siècle, c’est bien la haute société de son temps, antirépublicaine et ultra-conservatrice, que cible Autant-Lara. 
Le cinéaste dénonce en outre les compromissions de l’Église, lors d’une première scène d’un anticléricalisme que l’on retrouvera de façon récurrente dans son œuvre. Pourtant, le cinéaste n’est pas tendre avec les gens du peuple, arrivistes ou lâches, dans un monde sans pitié où seuls les simples d’esprit s’avèrent honnêtes, comme le souligne la vieille domestique (Gabrielle Fontan). Les personnages sont toutefois peints avec nuance, à l’image d’Engelbert de Bonafé (Jean Debucourt), infirme et vulnérable, et qui serait prêt à transgresser cet univers étouffant et rigide. Mais il ne faut pas réduire Douce à cette dimension sociale, tant le récit est avant tout un modèle de drame romanesque, où la violence des sentiments affectifs n’est pas moins profonde que les rapports de classe. Et c’est par une mise en scène élégante qu’Autant-Lara filme ces liaisons dangereuses. Le très ophulsien panoramique qui débute le film n’est pas la moindre fulgurance d’une œuvre plastiquement séduisante. Sur ce plan, la photo de Philippe Agostini et les décors de Jacques Krauss apportent une plus-value indéniable. Véritable auteur de cinéma, Autant-Lara réalisera d’autres films importants des années 40 et 50, dont Le Diable au corps et La Traversée de Paris, avant d’être éclipsé par la Nouvelle Vague, qui démoda son art. Son cinéma mérite d’être découvert par les nouvelles générations.

Gérard Crespo

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi