Le Mariage de chiffon

Claude Autant-Lara - France - 1942 - vofr - 103' - Numérique

Madame de Bray veut que sa fille Corysande, dite Chiffon, se marie. Elle lui présente un colonel, le duc d'Aubières. Chiffon tombe sous le charme mais est amoureuse d'un autre homme…

Séance du vendredi 12 avril à 21h00 présentée par Delphine Chedaleux

Critique

Le Mariage de Chiffon, sous ses airs de comédie romantique surannée, annonce plusieurs facettes de la filmographie à venir du réalisateur. Si le fiel et la provocation ne sont pas encore de mise, le marivaudage amoureux de l’excellent Occupe-toi d’Amélie (1949) est déjà là en moins virtuose, tout comme la critique cinglante du carcan bourgeois du Diable au corps (1947) ou du Rouge et le noir (1954). Le début du film montrant la rencontre nocturne entre l’officier d’âge mûr d'Aubières (André Luguet) et l’adolescente Chiffon (Odette Joyeux) annonce la thématique du film. Le jeu amoureux s’amorce avant que les deux personnages se distinguent complètement dans l’obscurité, la séduction ne naissant que dans ce qui est deviné et entendu du visage ainsi que de la voix de l’autre. Cela suffit  à d’Aubières pour tomber amoureux et à Chiffon pour savourer son pouvoir de séduction et comprendre qu’elle n’est plus une enfant. C’est pourtant cette facette enfantine qui lui permet une proximité avec son véritable amour : son oncle par alliance Marc (Jacques Dumesnil).

(...) Cependant le réalisateur oppose la présence, le phrasé et l’amour résigné vieillot (car pouvant se passer d’un sentiment équivalent chez le partenaire) de D’Aubières à la fougue de Marc. D’Aubières se fond presque trop bien à l’environnement bourgeois qui étouffe Chiffon, telle une statue de cire dans des décors au clinquant figé. Marc, par sa nature de pionnier de l’aviation, n’est pas à sa place dans les scènes d’intérieurs et l’intrigue laisse entendre qu’il a dilapidé sa fortune pour son rêve aérien. A lui les grands espaces dans les extérieurs où il tente de faire décoller son avion expérimental, il représente le vrai aventurier et l'amoureux flamboyant pour une jeune fille. Il ne lui restera plus qu’à voir en Chiffon autre chose que la fillette qu’il a toujours connue. Les scènes communes entre d’Aubières et Chiffon traduisent toujours une forme de tendresse paternelle qu’Autant-Lara baigne d’une aura passéiste avec ses compositions de plan inspirées des Impressionnistes. A l’inverse, entre Chiffon et Marc le non-dit et la promiscuité ambiguë tissent une zone grise qui annonce en mineur les écarts du Diable au corps ou du Blé en herbe (1953). Il n’y a finalement que l’aspect vaudeville qui semble un peu poussif, Autant-Lara n’ayant pas encore le sens du timing d’Occupe-toi d’Amélie pour réellement divertir sur cet aspect-là. En tout cas, il s'agit d'une attachante réussite qui en annonce d’autres plus grinçantes.

Justin Kwedi, DvdClassik

Projeté dans le cadre de

Du 5 Avril 2019 au 28 Avril 2019
Un paradoxe
Alors que pendant l'Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses "génies" (Renoir Ophuls, Duvivier etc.) étaient partis, le cinéma français ne s'est que rarement aussi bien porté … Ce n'était certes pas le paradi