If Beale Street could talk

Barry Jenkins - USA - 2018 - vost - 117' - Couleurs - Numérique

Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s'aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu'ils s'apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d'une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l'aide de sa famille, Tish s'engage dans un combat acharné pour prouver l'innocence de Fonny et le faire libérer...

Critique

Ce qui frappe dans la mise en scène de Barry Jenkins, c’est le soin apporté au temps. Le temps de la séquence. Le temps de l’échange. Le temps de l’enjeu. Tout va majoritairement vers le zapping en 2019, et le cinéma reflète sa contemporanéité par la vitesse de l’exécution, ou par son opposé, la contemplation. Jenkins est ailleurs. Dans le temps donné au temps. Chaque moment de son cinéma, et particulièrement de son troisième long-métrage, est une parcelle de vécu qui laisse la place au ressenti de chaque mot, de chaque regard, de chaque force en jeu. L’intensité dramatique n’en est que plus forte. Tout ce qui est filmé reste crucial. Ici, l’amour absolu qui lie les deux jeunes héros de cette adaptation du roman éponyme de James Baldwin, paru en 1974.

(...) Ce qui pourrait s’avérer fade ou niais, filmé par d’autres, brille ici par la finesse. Celle d’un témoignage qui désosse sans scalper l’émotion, de la profondeur de l’image à la précision du son. Auréolé de son succès et de ses trois Oscar majeurs pour Moonlight, le réalisateur a tenu bon en mettant en scène ce scénario écrit conjointement avec le précédent, et en choisissant de jeunes interprètes au diapason des personnages, en train d’éclore. Belle idée aussi de faire apparaître dans des participations secondaires, mais nourries d’humanité, des visages venus d’ailleurs, Dave Franco, Diego Luna ou Pedro Pascal. Sans esbroufe ni spectaculaire, Si Beale Street pouvait parler touche au cœur, et nourrit l’esprit d’une invincible douceur progressiste. Plus que jamais pertinent.

Olivier Pélisson, Bande-a-part