Blaze

Ethan Hawke - Etats-Unis - 2018 - vost - 128' - Couleurs - Numérique

Blaze s'inspire de la vie de Blaze Foley, légende de la musique country folk américaine. Le film explore son histoire d'amour avec Sybil Rosen, sa dernière nuit sur terre et l'impact de ses chansons. Loin du biopic conventionnel, Ethan Hawke transforme l'histoire de Blaze en un hommage vibrant et passionné à l'intégrité artistique.

Critique

Quelle importance accordez-vous à la musique d’un film?

J’y suis très sensible. Lors d’un de mes premiers rôles, j’avais une réputation d’emmerdeur pour être allé discuter du choix de la chanson finale par le réalisateur. Il m’avait dit que je pourrai avoir mon mot à dire le jour où je tournerai mon propre film. Alors maintenant que c’est le cas, vous pensez bien que je ne me prive pas!

«Blaze» interroge la force créatrice d’un perdant magnifique, qui jouait dans des pubs vides mais pour qui son art était sa vie. Pouvez-vous vous identifier à lui?

J’ai lu une phrase de Denis Hopper récemment, qui disait ne pas pouvoir différencier les formes artistiques: cinéma, photo, musique, danse, théâtre, il prenait tout sans exception, depuis tout gosse. J’ai ce même besoin. Monter sur scène, tourner un film, regarder un ballet (ma sœur a réussi à m’y convertir, ce que je ne pensais pas possible), tout cela me nourrit. En ce sens, Locarno est un festival d’une importance extrême. On y défend une vision du cinéma non formaté. À Hollywood, dire «art» est un gros mot, en tout cas la meilleure façon de ne pas trouver de financement.

Le cinéma doit-il être courageux, par exemple en choisissant de raconter la vie d’un folk singer inconnu et alcoolique plutôt que celle d’un milliardaire inventeur de produits numériques?

C’est en tout cas tout aussi intéressant. Vous savez, les biopics sont faux, pour la plupart. Ils réduisent les faits, ou les augmentent, et créent des «moments fondateurs» totalement artificiels pour rendre l’histoire plus fluide ou haletante. Combien de superstars de la chanson ai-je rencontrées qui ne mériteraient pas que l’on gâche une seconde de son temps pour elles? J’adore les films qui racontent des vies par la bande. «Inside Llewyn Davis», des frères Coen, est la meilleure manière de peindre Dylan, à travers un autre musicien. Mais quand on me montre Joaquin Phoenix inventant «Folsom Prison Blues» dans «Walk the Line» (ndlr: le biopic sur Johnny Cash), je n’y crois pas.

Votre film met en lumière Townes Van Zandt, compagnon de route et de bouteille de Blaze Foley. Vous auriez tout aussi bien pu raconter la vie cultissime de ce musicien-là…

Le rédacteur en chef du journal «Austin Chronicles», un monsieur de 70 ans, référence en matière de country music, a déclaré qu’il n’aurait jamais imaginé voir un jour un film dont le personnage le plus connu fut Townes Van Zandt! (Rires.) «J’ai passé toute ma vie à expliquer qui était Townes, et combien il était génial. Et Ethan Hawke tourne un film sur son ami qui ne pouvait même pas décrocher un concert?» Cela dit, j’imagine souvent un film compagnon de «Blaze» qui raconterait la vie de Townes. J’ai écrit à son fils pour lui demander comment il verrait cela. Il m’a proposé d’aller pêcher avec lui. Je vais y aller.

Entretien avec Ethan Hawke, tribune de Genève

 

 

Projeté dans le cadre de

Du 22 Juin 2019 au 23 Juin 2019
Comme chaque année, à l'occasion de la Fête de la Musique à Genève, les Cinémas du Grütli proposent un florilège de films liés à la musique. En entrée libre, de surcroît!