Cyrano de Bergerac

Jean-Paul Rappeneau - France - 1990 - vofr - 137' - Couleurs - Numérique

Poète et bretteur, rimailleur à verve et fine lame, le Gascon Cyrano de Bergerac est amoureux fou de sa belle cousine Roxane. Mais, affublé d’un vilain nez, il s’interdit de lui avouer sa flamme. Celle-ci soupire pour un joli cœur mousquetaire sans éloquence, auquel Cyrano, avec une pathétique grandeur d’âme, va prêter son talent oratoire et souffler ses propres mots d’amour…

Critique

C’était un énorme pari, ce fut une réussite tonique : Jean-Paul Rappeneau et Jean-Claude Carrière ont transformé le fameux drame héroïque aux vers flamboyants en un trépidant film de cape et d’épée, fresque échevelée de duels homériques et de sentiments épiques. Le contexte politique revanchard qui, après la déculottée guerrière de 1870, avait fait applaudir la pièce comme une cocardière « fanfare de pantalons rouges » a disparu. Le sublime demeure : la superbe avec laquelle un romantique insolent, fou colossal à l’âme pure, amoureux courtois à face grotesque, cache son infinie douleur et sa poignante solitude. Rôle sommet pour Depardieu : brave, digne, grandiose et vulnérable, il n’hésite pas à « en faire » mais sacrifie le pathétique à la pudeur. Les autres interprètes sont émouvants de fougue et de sensibilité. Leur personnage y gagne en humanité. Par exemple, Anne Brochet (Roxane), romantique exaltée plutôt qu’exquise pimbêche. Spectacle ample, enluminé par des décors qui rappellent les ­tableaux d’époque, et qui ne trébuche sur aucune des grandes scènes attendues (la tirade du nez, déclamée en mouvement, est un instant magique), Cyrano a la puissance rare des films beaux à pleurer. Et le panache.

Nagel Miller, Télérama